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Hausse des primes d’assurance : la télématique peut-elle rétablir la confiance dans le camionnage?

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Hausse des primes d’assurance : la télématique peut-elle rétablir la confiance dans le camionnage?

Image en noir et blanc montrant une rangée de camions stationnés, avec le logo Truck Stop Québec en haut à droite et le titre  : « Hausse des primes d’assurance camionnage : la télématique peut-elle rétablir la confiance? ».

Selon Mohit Halkare, qui dirige Mango Insurance, une entreprise spécialisée en assurance pour le transport routier en Alberta, ce ne sont ni le prix du carburant ni le volume de marchandises qui menacent les petites entreprises, mais plutôt un cadre d’assurance déficient.

Les transporteurs de un à cinquante camions sont particulièrement touchés, alors que les grandes flottes continuent de profiter de tarifs compétitifs. Résultat : plusieurs petites compagnies déplacent déjà leurs activités vers d’autres provinces où les règles sont jugées plus équitables.

En Alberta, de nombreux transporteurs doivent se tourner vers la Facility Association, un regroupement d’assureurs qui couvre les entreprises jugées trop risquées pour le marché régulier. Cela signifie que des flottes de 1 à 50 camions, souvent sans autre option, se voient imposer des primes nettement plus élevées, sans transparence sur la façon dont elles sont fixées.

À cela s’ajoute l’obligation de payer pour le régime Direct Compensation for Property Damage (DCPD), qui couvre les dommages matériels lors d’un accident. Problème : ce régime ne s’applique pas aux États-Unis, où roulent pourtant de nombreux camionneurs albertains. Contrairement à l’Ontario, qui permet d’y renoncer via l’avenant SEF 49, l’Alberta ne laisse aucune marge de manœuvre.

Plus de flexibilité dans les primes, mais…

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Mais même en Ontario, où l’option de retrait existe, les petites flottes restent souvent désavantagées. Beaucoup d’entre elles, particulièrement celles de 1 à 5 camions, finissent par aboutir à la Facility Association. Non pas parce qu’elles sont moins sécuritaires, mais parce qu’elles inspirent moins confiance aux assureurs : un seul accident pèse beaucoup plus lourd dans une petite flotte que dans une entreprise de cent camions…

Le manque d’historique, certaines cargaisons jugées sensibles ou des trajets transfrontaliers accentuent ce déséquilibre. Les primes peuvent alors grimper de quatre à six fois par rapport au marché normal, ce qui rend leur survie difficile. La problématique dépasse donc largement les frontières de l’Alberta et met en lumière un enjeu pancanadien pour les petites entreprises de camionnage.

Des accidents plus coûteux qu’avant

Le paradoxe, c’est que même si les données de Transport Canada montrent une baisse de 20% des collisions impliquant des camions entre 2012 et 2021, les primes continuent de monter. Dans le même temps, le parc de camions lourds a pourtant augmenté de 24%, ce qui signifie que le taux d’accidents par véhicule a reculé encore davantage. Ces progrès s’expliquent en partie par le resserrement des règles de sécurité, l’arrivée de nouvelles technologies d’aide à la conduite, une meilleure formation dans certaines provinces et l’usage grandissant d’outils comme les enregistreurs électroniques de bord (ELD).

Mais depuis la pandémie, les données les plus récentes de la SAAQ montrent plutôt une remontée des collisions graves au Québec, ce qui alimente l’impression, chez les usagers et les camionneurs, que la situation se détériore malgré les statistiques nationales à long terme.

Or, même lorsque les chiffres montrent une baisse, les primes d’assurance ne suivent pas la même logique. La raison est que chaque accident coûte aujourd’hui beaucoup plus cher qu’il y a dix ans, les réparations des camions modernes sont onéreuses, les pièces se font rares, et les cargaisons transportées valent souvent très cher.

À cela s’ajoutent des réclamations en responsabilité civile de plus en plus élevées, notamment lorsqu’il y a des blessés graves ou des décès, ainsi que le phénomène des indemnités record aux États-Unis qui influence aussi les assureurs canadiens. Enfin, le marché de l’assurance camionnage reste restreint, avec peu d’assureurs prêts à couvrir les petites flottes, ce qui réduit la concurrence et accentue la pression à la hausse sur les primes.

Au Canada, la hausse des sinistres impliquant des véhicules commerciaux entre 2016 et 2022 a progressé plus vite que le nombre de camions en circulation. Autrement dit, les accidents sont peut-être moins nombreux, mais ils sont plus graves et plus coûteux, ce qui exerce une pression constante sur les primes. Dans ce contexte, les assureurs cherchent de nouvelles façons d’évaluer le risque.

L’usage de la télématique, qui mesure des données concrètes comme la vitesse, le freinage ou la conduite défensive, est de plus en plus mis de l’avant. Cette approche ouvre la porte à des primes ajustées selon la performance et la sécurité réelles des transporteurs, plutôt que sur des critères généraux. Pour les petites flottes, souvent désavantagées par le système actuel, cette évolution pourrait représenter une piste d’équité et de stabilité.

La télématique dans l’assurance et le contrôle routier

On peut imaginer l’utilisation de la télématique pour ajuster les primes d’assurance en fonction du comportement réel des conducteurs, mais serait-il possible d’aller plus loin? Certains se demandent si cette technologie pourrait aussi servir directement au contrôle routier. En combinant les données des ELD/télématiques, la lecture automatique de plaques (ANPR), les systèmes weigh-in-motion et les plateformes de pré-clearance comme PrePass, les postes de pesée pourraient recevoir en temps réel un portrait du véhicule, comme assurance valide ou non, score de sécurité, éventuelles irrégularités d’immatriculation…

Concrètement, cela permettrait de laisser passer automatiquement les camions au dossier impeccable, tout en ciblant plus efficacement ceux qui roulent sans couverture ou présentent des risques élevés.

Mais la technologie n’est qu’une partie de l’équation. Le partage de données de géolocalisation et de conduite soulève d’importants enjeux de vie privée, de consentement et de protection des renseignements. La compatibilité des systèmes, la gestion des faux positifs (plaque mal lue, véhicule mal identifié) et surtout l’adhésion des transporteurs et des conducteurs restent des conditions essentielles. Beaucoup craignent qu’une telle surveillance se transforme en outil punitif plutôt qu’en levier d’équité.

Bref, l’idée est techniquement faisable et prometteuse pour renforcer la sécurité et assainir le marché de l’assurance, mais elle ne pourrait s’imposer qu’à travers un projet pilote transparent, balisé par des règles claires et des garanties solides.

Lire plus : 

Camion en déplacement sur une route, illustrant l’évolution de l’assurance camionnage avec l’intelligence artificielle et la télématique. Citation mentionnée : « Une nouvelle assurance camionnage IA repose sur la télématique des véhicules. »

ashtelecall