
Union Pacific a annoncé une entente définitive pour acquérir Norfolk Southern, un acteur majeur du transport de marchandises, dans une transaction évaluée à 85 milliards de dollars américains, incluant les dettes.
Cette fusion stratégique marquerait la naissance du premier réseau ferroviaire de fret véritablement transcontinental aux États-Unis, s’étendant sur plus de 80 000 km et couvrant 43 États.
Si elle est approuvée, l’entité fusionnée serait valorisée à environ 250 milliards de dollars et deviendrait le plus grand acteur du transport ferroviaire de marchandises dans le pays.
Le projet vise à reconnecter un secteur en perte de vitesse. La part du transport de marchandises par rail est passée de 14% en 1998 à seulement 6% en 2022, selon le Département des Transports des États-Unis. En regroupant les réseaux de l’Est (Norfolk Southern) et de l’Ouest (Union Pacific), la fusion permettrait de simplifier le transit entre les deux côtes, en permettant aux trains de traverser le pays sans interruption, notamment à Chicago.
Cette annonce survient deux ans après la fusion entre Canadian Pacific et Kansas City Southern, qui avait donné naissance au premier réseau ferroviaire unissant le Canada, les États-Unis et le Mexique. Dans ce contexte, la fusion Union Pacific–Norfolk Southern pourrait être vue comme une réponse directe à l’expansion canadienne en sol américain. Elle accentue aussi la compétition avec les chemins de fer canadiens, qui sont devenus très actifs sur le territoire américain depuis la ratification de l’ACEUM.
De plus, cela représente, selon les deux entreprises, une occasion de reprendre des parts de marché au transport routier.
Le directeur général d’Union Pacific, Jim Vena, a expliqué que le système actuel force les clients à transférer leurs chargements d’un réseau à l’autre en cours de route, un processus inefficace comparé aux standards modernes. L’intégration directe d’un océan à l’autre promettrait une réduction des délais, une grande amélioration de la productivité et une baisse du nombre de wagons nécessaires, ce qui séduirait de nombreux expéditeurs, particulièrement dans le commerce électronique et les chaines d’approvisionnement importantes.
Ce type de fusion a déjà prouvé son efficacité. Lors du rachat de Southern Pacific par Union Pacific en 1996, les coûts du secteur avaient baissé jusqu’à 11,4%, notamment grâce au regroupement des ressources et à une meilleure utilisation du réseau.
Mais le projet devra franchir plusieurs étapes avant de se concrétiser. Les deux sociétés ont annoncé leur intention de déposer une demande officielle auprès du Surface Transportation Board (STB) dans un délai de six mois. L’examen réglementaire pourrait s’étendre sur une période allant jusqu’à 18 mois, selon plusieurs analystes. L’objectif est de finaliser la transaction au début de l’année 2027, si les autorités donnent leur feu vert.
Déjà, des voix s’élèvent face à la perspective de voir un seul joueur contrôler une part aussi importante du marché. Le syndicat le plus influent du transport ferroviaire américain, SMART-TD (Transportation Division), a fait connaitre son opposition, craignant que la fusion entraine des pertes d’emplois, une baisse du service à la clientèle et une pression plus forte sur les conditions de travail.
Certains acteurs du milieu agricole et du commerce de détail redoutent également une réduction de la concurrence et, par le fait même, une hausse des tarifs.
Cette fusion pourrait bien en entrainer d’autres. Des experts pensent que BNSF, qui appartient à la firme Berkshire Hathaway, pourrait réagir en tentant de racheter CSX, un autre grand joueur du transport par rail. Si cela se produit, le paysage du transport ferroviaire en Amérique du Nord serait encore une fois transformé, dans un contexte où la rapidité des livraisons est devenue plus importante que jamais.
Cette fusion pourrait aussi changer les choses pour le camionnage. En reliant directement les deux côtes du pays, le nouveau réseau ferroviaire serait plus rapide et plus efficace, ce qui pourrait convaincre certains expéditeurs de délaisser les camions pour le train, surtout sur les longues distances. Moins de camions sur les routes, c’est aussi moins de congestion et d’usure des infrastructures, selon les experts.
Mais cette concentration du marché inquiète de nombreux acteurs du milieu: si une seule entreprise contrôle une grande partie du transport, elle pourrait imposer ses prix, ce qui compliquerait la vie des clients qui en dépendent. Certains croient même que les compagnies de camionnage devront s’adapter, se regrouper ou se spécialiser pour rester compétitives.











