
Alors que les discussions sur les barrières commerciales entre les provinces canadiennes s’intensifient, l’industrie du camionnage semble avoir déjà pris une longueur d’avance.
Un projet pilote mis en place en 2024, impliquant 11 provinces et territoires, vise à harmoniser les règlements provinciaux pour faciliter le transport des marchandises à travers le pays. Cette initiative s’inscrit dans un contexte où les menaces de tarifs douaniers aux États-Unis ont relancé les débats sur la fluidité du commerce intérieur au Canada.
Le sujet des barrières interprovinciales n’est pas nouveau pour l’Alliance canadienne du camionnage. Dès 2023, l’organisation publiait un rapport détaillant les obstacles réglementaires qui freinent l’efficacité du transport routier au pays. Parmi ces défis, on retrouve entre autres des différences dans les normes d’entretien hivernal des routes d’une province à l’autre, des écarts dans les accès aux aires de repos pour les camionneurs, ainsi que des variations dans les permis pour les véhicules surdimensionnés et les poids maximaux autorisés.
Cependant, bien que le projet pilote facilite la reconnaissance mutuelle des règlements provinciaux, certaines disparités demeurent, notamment en ce qui concerne la formation des conducteurs et les exigences de formation de 135 heures (MELT), qui ne sont pas encore uniformisées au niveau national.
Les transporteurs comme Wayne Cooney, président de Cooney Transit Inc., font face à ces disparités quotidiennement. Opérant entre l’Ontario et le Québec, il souligne les complications liées aux différences de réglementation sur le poids et les dimensions des véhicules. Un camion respectant les normes ontariennes peut être en infraction dès qu’il franchit la frontière québécoise, obligeant les entreprises à adapter leur flotte et leur logistique en conséquence. Ce type de problème s’étend également aux exigences de formation des conducteurs, puisque chaque province applique toujours ses propres critères pour l’obtention du permis classe 1.
Le projet pilote lancé en septembre 2024 apporte une première solution à ces enjeux. Onze provinces et territoires ont convenu de reconnaître mutuellement certaines réglementations, ce qui permet aux camions et aux marchandises de circuler plus librement sans compromettre les normes de sécurité. Toutefois, ce projet ne modifie pas les règles fédérales sur les heures de service des conducteurs, qui restent sous la juridiction de Transports Canada et des autorités provinciales. Son objectif principal est d’harmoniser les réglementations techniques et les permis pour les camions, mais il ne touche pas directement aux exigences de formation des conducteurs, un sujet qui reste à l’étude.
Cette approche pourrait avoir un impact significatif sur l’économie canadienne, les experts estimant que la réduction des barrières commerciales internes pourrait générer jusqu’à 200 milliards de dollars annuellement.
L’Alliance canadienne du camionnage considère cette avancée comme un modèle à suivre pour d’autres secteurs. Selon son président, Stephen Laskowski, les efforts pour uniformiser les réglementations dans le camionnage pourraient servir de référence pour d’autres industries confrontées aux mêmes défis. Il rappelle que le transport routier est un maillon essentiel de l’économie canadienne, acheminant environ 90% des produits de consommation et des denrées alimentaires du pays.
Bien que ce projet soit un pas dans la bonne direction, les acteurs du secteur appellent à accélérer les efforts. Ils rappellent qu’ils ont un plan en place et que le gouvernement doit intensifier et élargir cette initiative. Pour Wayne Cooney, favoriser le commerce interprovincial est une évidence; selon lui, nous sommes tous Canadiens, d’un océan à l’autre. Il n’y a rien de mal à vouloir se soutenir entre nous. Ce serait une erreur de ne pas le faire.












