
« Ma plus grande peur, c’est des gens qui ne savent pas conduire un camion » (OTA) | En Ontario, la sécurité routière dans le camionnage est plus que jamais au centre des préoccupations.
Ces dernières semaines, le ministère des Transports de l’Ontario (MTO) a envoyé des lettres à plus de 180 chauffeurs de classe A, leur annonçant la suspension immédiate de leur permis pour 90 jours.
Le ministère soupçonne que ces camionneurs ont obtenu leur licence de façon malhonnête, par l’entremise de formations douteuses ou d’examens frauduleux. Ces chauffeurs doivent remettre leur permis et disposent d’un droit d’appel devant le Tribunal d’appel en matière de permis.
Ce coup de filet s’ajoute à celui de juillet dernier, lorsque le MTO avait exigé que des conducteurs repassent leurs tests théorique et pratique après qu’un audit eut révélé des irrégularités chez un fournisseur agréé. Deux interventions rapprochées qui laissent entrevoir un resserrement de la surveillance, mais aussi des questions sur la capacité réelle de la province à redresser une industrie où certaines écoles de conduite et entreprises de transport sont pointées du doigt.
Une entrevue choc de Stephen Laskowski
Le président de l’Ontario Trucking Association (OTA), Stephen Laskowski, n’a pas mâché ses mots dans une entrevue accordée à Greg Brady de Toronto Today :
« Nous avons beaucoup trop de compagnies de transport qui n’ont aucun respect pour la sécurité routière, les droits du travail de leurs chauffeurs ou leur bien-être. Elles ne sont là que pour faire du profit. Et nous devons les sortir du marché et les retirer de nos routes. »
Laskowski rappelle qu’un sondage mené auprès de 1 200 camionneurs en Ontario révèle que leur principale crainte en matière de sécurité est… leurs propres collègues. Mais, insiste-t-il, ce n’est pas seulement la faute des chauffeurs, mais d’une culture transmise par des écoles incompétentes et des compagnies négligentes.
« My biggest fear is people doesn’t know how to drive trucks. And that should scare people. »
Dans une conférence sur le camionnage, raconte-t-il, un délégué d’entreprise a frappé fort avec cette mise en garde :
« (…) Ayez très peur quand vous dépassez un camion. Parce que je vous garantis qu’un chauffeur sur deux ne devrait pas être sur la route. »
Il existe certes une grande proportion de compagnies et de chauffeurs exemplaires, mais aussi une part non négligeable qui ne devrait pas rouler, selon Laskowski. Avec ses suspensions et audits, le MTO semble enclencher un virage. Mais l’industrie attend des gestes concrets et rapides. Si le nettoyage est amorcé, il doit être mené à terme pour que la confiance et la sécurité reprennent leur place sur les routes de l’Ontario.
Pour écouter l’entrevue : Toronto Today with Greg Brady (en anglais)
Au Québec, que se passe-t-il?
Si l’Ontario entreprend de nettoyer son système, le Québec ne peut pas rester passif. Pourtant, les failles sont béantes. Depuis une décision du TAT, les contrôleurs routiers sont confinés aux balances, incapables de patrouiller activement. Résultat : les chauffeurs passent entre les mailles du filet. L’accident sur l’autoroute 30 cette semaine en est un exemple frappant : le conducteur, un chauffeur à rabais, aurait utilisé une application sur son cellulaire pour contourner les postes de pesée avant d’avoir un accident alors qu’il n’était pas en règle.
La formation minimale de 125 heures, pourtant annoncée, n’est toujours pas obligatoire. Et plusieurs acteurs du milieu se demandent si elle suffira vraiment. Est-ce qu’une telle formation empêchera les fraudeurs de frauder? Et qu’en est-il des conducteurs qui se retrouvent sur nos routes sans expérience hivernale? Pendant ce temps, des enquêtes n’aboutissent pas, comme celle sur la mort tragique d’Alexandra Poulin, et certains suspects réussissent même à fuir à l’étranger. Chaque accident rappelle que ces failles coûtent des vies, mais le Québec semble se contenter d’attendre, laissant le laxisme dicter la sécurité sur ses routes.
Un changement à la tête du ministère
Cette stagnation politique est d’autant plus inquiétante que le ministère des Transports vient de changer de titulaire. Geneviève Guilbault a cédé le Transport et la Mobilité durable à Jonatan Julien, lors du dernier remaniement de la CAQ. Un changement de garde qui soulève des inquiétudes. Ces dossiers cruciaux seront-ils encore retardés, le temps que le nouveau ministre prenne ses repères? Car bientôt viendront les élections, et si rien ne bouge d’ici là, le statu quo pourrait s’installer pour longtemps, au détriment de la sécurité et des vies humaines.
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