
Moins de huit mois après avoir acquis les usines de LaSalle et de Longueuil, Béton Provincial, le plus grand joueur québécois dans l’industrie du béton, a décrété un lock-out juste avant les fêtes.
Cette mesure, effective depuis le 5 décembre 2024, suscite de vives tensions entre l’employeur et le Syndicat des travailleurs de Demix, affilié à la CSN, alors que les négociations pour le renouvellement de la convention collective sont dans l’impasse. Cette négociation se produit dans la foulée de l’acquisition de certaines opérations de CRH par Béton Provincial, transaction complétée le 1er avril 2024.
Un contexte difficile pour les employés
La décision de Béton Provincial empêche les employés, principalement des chauffeurs, mécaniciens et hommes de cour, de bénéficier des prestations d’assurance-emploi auxquelles ils auraient eu droit en cas de mise à pied durant la pause hivernale.
Le fossé entre les parties est large. Les employés réclament une hausse salariale de 18% sur quatre ans et le maintien du régime d’assurance collective et de retraite, tandis que l’employeur propose un gel salarial jusqu’en 2027, suivi d’augmentations de 2% pour 2028 et 2029.
« André Bélanger veut nous casser et faire de nous un exemple pour les autres usines Demix qu’il a achetées cet été et qui vont renégocier leur convention collective d’ici 3 ans et… appauvrir ces travailleurs d’expérience et les pousser vers la porte » croit Éric Lavoie Vouligny.
De plus, Béton Provincial souhaite abolir sa contribution de 5,5% au régime de retraite collectif pour la remplacer par une prime horaire de 0,50$, et transférer la moitié des coûts des assurances collectives aux employés.
Une mobilisation syndicale vigoureuse
Les travailleurs mis en lock-out ont manifesté devant les bureaux régionaux de Béton Provincial pour dénoncer des conditions jugées inacceptables. La grogne continue de monter, les employés ont joint leurs forces à d’autres groupes en conflit, dont ceux de l’Hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth, lors d’une manifestation rassemblant entre 250 et 300 personnes malgré le froid hivernal.
Disparités régionales et enjeux des négociations à Québec
Dans un communiqué publié le 18 décembre, Béton Provincial a précisé que le conflit n’affecte qu’un seul site, celui de LaSalle, et qu’il touche 45 employés sur les 2,800 que compte l’entreprise. La direction affirme que le lock-out a été décrété après le refus du syndicat de présenter l’offre patronale en assemblée. Selon Gilles Marleau, l’offre de l’employeur était « le même torchon, écris sur un coin de table », justifiant ainsi la non-nécessité de la présenter en assemblée.
« Ça fait quinze ans que je suis là, et ils reculent encore plus loin que ça dans notre convention… » déplore M. Marleau.
Béton Provincial affirme que plusieurs conventions collectives ont récemment été négociées avec succès, notamment à Québec, où une entente aurait été approuvée à 70% le 15 décembre dernier. Truck Stop Québec a communiqué avec la direction de Béton Provincial, mais celle-ci a choisi de ne pas commenter.
Une issue incertaine
Malgré le désir affiché par Béton Provincial de résoudre rapidement le conflit, les deux parties campent sur leurs positions. Le syndicat demande le statu quo sur les acquis des employés, tandis que l’entreprise cherche à réduire ses coûts d’exploitation à la suite de l’acquisition des usines. En attendant une entente, les travailleurs, soutenus par la CSN, promettent de continuer leur mobilisation pour défendre leurs conditions de travail.











