
À Hamilton, en Ontario, le Service de police a frappé fort contre certaines entreprises de remorquage accusées de fraudes, d’intimidation et de tactiques abusives sur les lieux d’accidents.
Près de 40 accusations ont été portées, dix permis suspendus ou révoqués, et plusieurs compagnies n’ont désormais plus le droit d’exercer sur les routes de la ville.
Derrière cette vaste offensive se trouve l’initiative Project Barrier, une opération mise en place par la police de Hamilton en réponse à une hausse importante de comportements jugés dangereux de la part de certains opérateurs de remorquage.
Selon un porte-parole de la police, les autorités s’inquiétaient notamment de la présence de remorqueurs non sollicités sur les scènes d’accidents, de pressions exercées sur les conducteurs, parfois en état de choc, pour obtenir leur consentement, ainsi que de tarifs abusifs facturés après coup.
Le phénomène n’est pas nouveau en Ontario, mais il prend de l’ampleur. Certaines compagnies visées dans l’enquête, comme Provincial Roadside Services, High Class Recovery, Onsite Towing, Royal Roadside et Recovery Reliable Towing, auraient mis en place des pratiques bien rodées pour profiter de la vulnérabilité des gens après une collision. Ces entreprises seraient soupçonnées de surfacturation, de fausses représentations et d’avoir tenté d’interférer avec les policiers ou d’autres services de remorquage légitimes.
L’opération Project Barrier vise non seulement à retirer ces compagnies de la route, mais aussi à empêcher leur retour sous un autre nom. La police affirme travailler en étroite collaboration avec le ministère des Transports de l’Ontario pour faire annuler les certificats et licences des entreprises fautives.
Réseaux criminels, fraudes et rivalités
Ce genre de dérive n’est pas propre à Hamilton. Depuis quelques années, le secteur du remorquage est confronté à des tensions grandissantes, particulièrement dans le sud de l’Ontario, où des rivalités entre compagnies ont parfois dégénéré jusqu’à des actes de violence. L’opération Project Yankee avait déjà révélé l’existence d’un réseau criminel impliqué dans des actes violents, incendies, fusillades, et complots de meurtre, pour dominer le marché du remorquage dans la région de Toronto.
Dans la région de Brampton et de Peel, une autre opération policière baptisée Project Outsource a mis au jour un réseau criminel lié à des entreprises de remorquage comme Certified Roadside et Humble Roadside. Ce groupe est soupçonné d’avoir orchestré des dizaines d’accidents simulés afin de soutirer des sommes considérables aux compagnies d’assurance. Chaque collision fictive aurait permis de réclamer entre 80,000 et 100,000$ de manière frauduleuse. L’opération a mené à 18 arrestations et près de 100 chefs d’accusation.
Plus à l’ouest, à Cambridge, deux chauffeurs de dépanneuses en sont venus aux coups directement sur les lieux d’une collision. L’incident a entraîné 21 accusations, et l’un des camions impliqués a été mis hors service pour non-conformité.
En Alberta, des pratiques similaires ont aussi été observées. À Edmonton, la police a inculpé 11 propriétaires de dix entreprises de remorquage pour avoir fraudé des assureurs en facturant des services non autorisés ou exagérément gonflés, totalisant plus de 120,000$ en réclamations injustifiées. Dans plusieurs cas, les véhicules remorqués étaient retenus illégalement jusqu’au paiement complet des frais, une pratique qualifiée d’abusive par les enquêteurs.
L’absence de règles ouvre la porte aux dérives
La déréglementation partielle de l’industrie, l’absence de mécanismes de contrôle efficaces sur les appels d’offres, et la course effrénée pour être le premier à intervenir sur les lieux d’un accident ont transformé le secteur du remorquage en un environnement instable et très vulnérable aux dérives.

L’opération Project Barrier illustre à quel point une industrie laissée sans encadrement rigoureux peut devenir propice aux abus, à la fraude, et même à des dérives criminelles. C’est dans ce sens qu’un parallèle peut être établi avec le stratagème Chauffeur Inc.; dans les deux cas, l’absence de règles claires et d’application ferme ouvre la porte aux acteurs mal intentionnés qui profitent des failles du système.












