- ven. 12 janv. 2007 22:12
#52513
Le vendredi 12 janvier 2007
Photo La Presse
Un discours de Parizeau donne des munitions aux camionneurs
Bruno Bisson
La Presse
L'industrie canadienne du camionnage se mobilise d'un océan à l'autre pour obtenir des provinces et du gouvernement fédéral la correction d'un déséquilibre fiscal qui nuit à sa compétitivité, et dont l'importance lui a été révélée dans... une conférence de Jacques Parizeau!
Cette semaine, sept associations industrielles provinciales, leur alliance nationale, ainsi que le puissant syndicat des Teamsters et l'Association professionnelle des routiers autonomes du Canada, ont lancé une première salve en direction du ministre des Finances du Canada, James Flaherty. La campagne boîte à lunch, par laquelle tous les chauffeurs sont invités à écrire au ministre, vise à augmenter de 50 à 80 % le pourcentage des frais de repas déductibles d'impôt, et ce, dès le prochain budget fédéral.
À l'échelle du Canada, qui compte environ 200 000 camionneurs et propriétaires artisans (dont 40 000 au Québec), une telle mesure représenterait des revenus de quelque 300 millions en moins pour le gouvernement fédéral et les gouvernements des provinces, selon des estimations produites par l'Alliance nationale du camionnage.
Au cours des prochains mois, l'industrie compte présenter d'autres revendications de nature fiscale relatives aux coûts de formation des chauffeurs ou à l'amortissement des coûts d'achat des tracteurs et semi-remorques, pour obtenir, comme dans le cas des repas, une parité fiscale avec leurs collègues et compétiteurs des États-Unis. Les associations provinciales ont aussi l'intention de questionner le régime fiscal qui leur est imposé, dans leurs juridictions respectives.
Au Québec, l'Association du camionnage du Québec (ACQ) va revendiquer des modifications à la loi sur la taxe de vente provinciale pour que des entreprises liées puissent transiger entre elles sans être forcées de percevoir ou de verser les taxes présentement applicables.
Cet ambitieux programme vise, pour l'essentiel, à combler une partie du fossé fiscal qui nous distingue des transporteurs des États-Unis ou à éliminer des inégalités de traitement qui existent entre les entreprises des différentes provinces du pays, a expliqué hier à La Presse le PDG de l'ACQ, M. Marc Cadieux.
L'effet Jacques Parizeau
Ces revendications fiscales des transporteurs découlent directement d'un forum de discussions de deux jours, qui s'est déroulé en septembre dernier, à Montebello, et dont le conférencier vedette était l'ex-premier ministre du Québec et ancien ministre de Finances du gouvernement de René Lévesque, Jacques Parizeau. L'ex-politicien, qui reprenait son chapeau d'économiste pour l'occasion, a prononcé une conférence sur les grandeurs et misères du secteur manufacturier, qui est le premier client des grandes entreprises de transport des marchandises comme Transforce, Robert, Guilbaut ou SGT. Une trentaine de gestionnaires d'entreprises avaient été réunis pour entendre M. Parizeau et discuter ensuite des grands enjeux qui se dessinent dans cette industrie où la compétition est extrêmement féroce.
«Cette conférence a eu un impact énorme, dit M. Cadieux. Même sur l'image que l'on se faisait de nous-mêmes, en tant qu'industrie. Dans le secteur manufacturier et dans le transport des marchandises, la compétitivité ne se mesure plus dans la capacité d'une entreprises à rivaliser avec le voisin d'à côté, mais avec les transporteurs des provinces voisines, ou même du pays voisin (les États-Unis).»
«Pour être compétitifs, nous devons être capables de travailler avec des règles et des contraintes semblables, ajoute-t-il. Or, présentement, en raison de la taxation, des impôts, ou des mesures fiscales, nous sommes de moins en moins en mesure de le faire, au Québec. Dans les autres provinces du pays, on fait le même constat.»
La première offensive fiscale des transporteurs sur les frais de repas en est un bon exemple, selon M. Cadieux. En 1994, le gouvernement fédéral a réduit de 80 % à 50 % les frais de repas admissibles des conducteurs pour les réductions d'impôt. Ce pourcentage, à l'époque, était le même qu'aux États-Unis. Cinq ans plus tard, les autorités fédérales américaines ont toutefois ajusté ces taux pour tenir compte des longues heures de travail consécutives des chauffeurs de camion en augmentant ce pourcentage de 5 % par année. En 2008, les conducteurs américains (ou leurs employeurs) auront ainsi droit de déduire jusqu'à 80 % des frais de repas pris sur la route. L'industrie canadienne réclame le même traitement.
Pour un camionneur, cette déduction supplémentaire représenterait une hausse de ses revenus nets d'environ 1500 $ par année. Pour l'ensemble de l'industrie, cette différence de régime fiscal est estimée à 300 millions de dollars.