- ven. 6 janv. 2012 17:23
#288512
je vous mets ici la copie des 2 articles publiés dans La Presse du 5 janvier dernier:
"La Presse
Le Québec a sous-investi dans son réseau routier, mais paradoxalement, la somme que chaque Québécois consacre aux routes est beaucoup plus élevée que celle des Ontariens ou des New-Yorkais. Deux raisons expliquent ce curieux paradoxe: la grande superficie de la province et sa population moins nombreuse.
Selon une analyse de La Presse, le ministère des Transports du Québec a injecté 21,3 milliards de dollars dans son réseau depuis 15 ans, ce qui équivaut à 2790$ par habitant. En comparaison, chaque Ontarien y a consacré 2072$ pendant la même période.
Le gouvernement du Québec a pourtant sous-investi dans le réseau par rapport à l'Ontario. Les 21,3 milliards de dollars du Québec équivalent à 351 000$ par kilomètre de route depuis 15 ans, la moitié de l'Ontario (657 000$ par kilomètre de route).
Cette apparente contradiction s'explique par le fait que les Québécois sont beaucoup moins nombreux que les Ontariens (environ 8 millions contre 13,2 millions) pour entretenir leurs routes. De plus, le réseau du Québec est presque deux fois plus grand (60 744 km contre 39 000 km). En somme, pour avoir des routes comparables à leurs voisins, les Québécois doivent faire un effort financier individuel beaucoup plus important.
Par exemple, au cours de la dernière année, les fonds consacrés aux routes au Québec ont été de 443$ par habitant (les enfants sont compris dans les statistiques). Il s'agit du double de l'effort des Ontariens (230$ par habitant). Pour consacrer autant d'argent que nos voisins par kilomètre de routes, la part de chaque Québécois devrait passer de 443$ à près de 600$ par année, une hausse de 35%!
Le phénomène est le même si l'on compare le Québec à l'État de New York. Le réseau new-yorkais fait l'équivalent de 50 000 km de voie unique, un peu moins que le Québec. Or, la population y est d'environ 20 millions de personnes, plus de deux fois le Québec.
Facteur climatique
Évidemment, une population plus nombreuse entraîne un plus grand nombre de déplacements automobiles, lesquels sont susceptibles d'exiger plus d'entretien.
Toutefois, les études démontrent que le facteur climatique joue aussi un rôle très important dans la détérioration du réseau. Ce facteur défavorise le Québec, rappelle une étude d'André Légaré et associés publiée en 2005.
En moyenne, les précipitations annuelles sont ici de 1000 mm, comparativement à environ 750 mm en Ontario et dans l'État de New York. Surtout, la durée du gel varie ici de 147 à 218 jours, contre 100 à 200 jours en Ontario et moins de 100 jours dans l'État de New York.
«Le Québec connaît des écarts de température de 60 à 70 degrés, le mercure pouvant descendre jusqu'à - 30 °C l'hiver et atteindre 30 °C en été. En outre, depuis quelques années, le Québec connaît des dégels en janvier et même en février. Ces conditions climatiques «extrêmes» ont donc forcément de sérieuses répercussions sur l'état de notre réseau routier», fait valoir l'étude
Francis Vailles
La Presse
Le Québec a consacré beaucoup moins d'argent que l'Ontario à son réseau routier depuis 15 ans, selon une analyse deLa Presse. Les fonds injectés par le Québec sont même deux fois moindres que ceux de son voisin si l'on tient compte de l'étendue du réseau.
Entre 1996 et 2011, le ministère des Transports du Québec a injecté 21,3 milliards de dollars dans son réseau, soit 351 000 $ par kilomètre de route. En Ontario, les fonds consacrés au réseau pour la même période s'élèvent à 25,6 milliards de dollars, soit 657 000 $ par kilomètre de route. Autrement dit, le rapport Québec/Ontario par kilomètre de route est de 53%, soit environ la moitié.
«Je ne suis pas surpris. Vos chiffres corroborent les analyses que nous avons faites dans le passé. Le Québec a investi beaucoup depuis quatre ou cinq ans, mais avant, nous avons été très négligents», a dit Claude Montmarquette, PDG du CIRANO, un groupe de recherche universitaire en économie.
Pour faire son analyse, La Presse a obtenu des deux gouvernements l'ensemble des fonds qu'ils ont injectés dans leur réseau respectif pour les années budgétaires 1996 à 2011. Les chiffres englobent les fonds investis dans les nouvelles routes et les infra-
structures, mais également les sommes consacrées annuellement à l'entretien des routes et aux frais généraux.
Les fonds engagés par le Québec durant cette période correspondent à 83% du total ontarien. Ce rapport tombe à 53% lorsqu'on tient compte de l'étendue du réseau, beaucoup plus vaste au Québec.
L'ensemble des routes sous la responsabilité du ministère des Transports du Québec s'étend sur l'équivalent de 60 744 kilomètres de voie unique (les routes à plusieurs voies sont ramenées à une seule voie pour estimer l'étendue du réseau). En Ontario, le réseau fait plutôt l'équivalent de 39 000 kilomètres de voie unique. Le Québec doit également entretenir 4700 ponts et structures, comparativement à quelque 2700 en Ontario.
Un rattrapage considérable
Cela dit, le Québec a fait un rattrapage considérable depuis six ans. Les fonds injectés annuellement dans le réseau ont franchi la barre du milliard de dollars au cours de l'année budgétaire 2005-2006, atteignant 1,3 milliard. Ils ont progressivement augmenté pour atteindre 3,5 milliards au cours de l'année terminée le 31 mars 2011. Pendant ce temps, l'Ontario a fait passer ses dépenses et investissements de deux milliards à trois milliards.
En 2008, pour la première fois depuis les années 90, le Québec a dépassé l'Ontario pour les sommes annuelles injectées dans le réseau. Le rapport Québec/Ontario est ainsi passé de 66% du total ontarien en 2005 à 115% en 2011. La moyenne sur 15 ans est de 83%.
En tenant compte de l'étendue du réseau, cependant, le Québec continue de sous-investir par rapport à l'Ontario. En 2011, les fonds injectés par Québec équivalent à 57 650 $ par kilomètre comparativement à 78 100 $ en Ontario, pour un rapport de 74%. À la fin des années 90, ce ratio oscillait entre 38 et 56%.
«C'est clair, le déficit du Québec a été ramené à zéro [en 1999, sous le gouvernement de Lucien Bouchard] en partie sur le dos des routes. Il aurait fallu faire autrement et être plus transparent. Aujourd'hui, on se ramasse avec des routes et des ponts dangereux», dit M. Montmarquette.
L'économiste fait remarquer que le retard pris par Québec ne sera pas comblé avant plusieurs années. En effet, plus une infrastructure routière vieillit, plus son coût de réfection augmente. L'entretien préventif d'une route de moins de 12 ans coûte 1000$ par kilomètre, en moyenne. La facture passerait à plus de 80 000$ après 12 ans, rapporte une étude publiée en 2005 par une coalition d'organismes de transport.
Les ponts vieillissent
Les investissements réalisés par le gouvernement du Québec commencent tout de même à porter leurs fruits, selon une analyse de Statistique Canada. Au milieu des années 90, l'âge moyen des routes et des autoroutes au Québec était de 18,5 ans, de loin plus élevé qu'ailleurs au Canada (Ontario, 16 ans; Alberta et Colombie-Britannique, 15 ans).
Depuis, l'âge moyen des routes a reculé à 15,2 ans au Québec, un niveau comparable à la moyenne canadienne (14,9 ans), selon l'étude, qui porte sur les données de 2007.
Ce n'est toutefois pas le cas des ponts et des viaducs. Selon Statistique Canada, ces infrastructures avaient en moyenne 31 ans au Québec en 2007, comparativement à 24,5 ans dans l'ensemble du Canada (24,1 ans en Ontario).
Ces statistiques ne mesurent pas les effets de la collusion présumée dans l'industrie ni la qualité des routes et des ponts. À ce sujet, l'économiste Gilles Joubert craint que la politique du plus bas soumissionnaire pratiquée depuis des années au Québec ait eu pour effet de diluer la qualité.
«C'est la pire des façons de gérer les appels d'offres. Elle a pour conséquence de produire des routes de moindre qualité, qui durent moins longtemps», dit M. Joubert, président de la firme ADEC.
Dans certains pays d'Europe, on élimine le plus bas et le plus haut soumissionnaire; l'État choisit la soumission au prix médian. «Les gens pensent qu'en payant moins, on en a plus pour notre argent, mais c'est faux: on obtient la qualité des infrastructures en fonction de ce qu'on paie», dit-il.
«Quand les gens font faire des rénovations dans leur maison, prennent-ils toujours le moins cher? Pas nécessairement. Ils choisissent aussi un entrepreneur en qui ils ont confiance, en fonction de la qualité de ses services», dit M. Joubert
Francis Vailles
La Presse"