- ven. 14 juil. 2006 09:47
#29542
Normal de se faire avoir quand on est camionneur (je commence avec une provocation pour vous faire réagir). La solidarité n'existe qu'individuellement de chauffeur à chauffeur sur la route (de temps en temps). J'ai l'impression qu'il y a derrière les commentaires de nombreux chauffeurs une forme de frustration non assumée. De la frustration due aux heures nombreuses, à la fatigue accumulée, au renoncement à des moments avec notre famille et à tout ce qui va avec ce métier. Je lis trop souvent sur ce forum des commentaires négatifs envers des personnes qui exercent un autre métier que le nôtre. Surtout quand ces mêmes personnes travaillent moins et font plus d'argent. Tout le monde y passe: les jeunes, les vieux, les boomers, les femmes, les verts, les boss, les politiciens, les 4 roues, les douaniers, les collègues, les syndicats, les fonctionnaires, les assistés sociaux. Je m'excuse de dire ça mais je trouve qu'on fait trop souvent pitié.
Imaginez quelle image nous pouvons donner de nous à des personnes qui ne sont pas de ce milieu. Trop d'entre nous sommes remplis de jugements négatifs à l'encontre de tous et de tout. Heureusement ou malheureusement, le monde extérieur est à l'image de ce que l'on entretient dans notre tête. Quand on dénigre les autres, c'est avant tout à soi-même que l'on manque de respect. Pour ma part, il y a quelques mois, les pensées négatives m'ont tellement envahi que j'ai pris un temps d'arrêt. Je me rappelle que mon instructeur me disait que lorsqu'on est seul dans notre camion, notre pire ennemi c'est notre mental qui n'arrête pas de focaliser sur le négatif.
Dans notre époque matérialiste, avoir un emploi constitue une question de survie. Et pourtant survivre ne signifie pas vivre. Ne pas exprimer ses limites, agir contre son gré, avoir mal à l'âme; c'est vivre comme un animal traqué. Dans l'évolution, l'être humain apparait avec la station debout (les singes se redressent petit à petit); c'est-à-dire lorsque la colonne vertébrale apparaît. Le regard ne porte plus à terre devant ses pas mais remonte à l'horizontale et éventuellement se lèvera pour regarder les étoiles et chercher un sens à son existence. Personne à part nous-mêmes ne nous oblige à faire un métier qui nous remplit de merde et nous détruit intérieurement.
Bien entendu que les conditions extérieures ne sont pas drôles pour les chauffeurs, mais personne n'a le pouvoir de nous obliger à faire ce métier sinon nous-mêmes. Nous manquons de maturité individuelle et collective. J'ai l'impression que l'on réagit comme des enfants devant les camions et que des brillants (?) le perçoivent parfaitement et s'en servent. Il y aura malheureusement toujours des personnes qui ne se respecteront pas et tireront les conditions de travail vers le bas en embarquant dans la loi du plus fort.
D'ailleurs, à ce propos de la loi du plus fort, c'est à dire du plus travaillant, du plus habile, du truck le plus puissant, de celui qui pisse le plus loin et j'en passe; de nouvelles études sur l'évolution tendent à montrer que la sélection naturelle (ceux avec la meilleure génétique vivent et transmettent leurs gênes) auraient été fortement teintée de coopération. En gros, les animaux les plus malades et les plus handicapés n'auraient sans doute pas effectivement survécus mais l'entraide et la solidarité auraient joué entre les biens-portants pour se protéger des prédateurs par exemple ou pour trouver de la nourriture. Les animaux qui ont ainsi rendance à se regrouper auraient alors eu plus de chances de survie. Dernière chose mais non des moindres, la plupart des penseurs estiment que la loi du plus fort ne devrait pas s'appliquer à l'être humain pour éviter des barbaries du style de l'Holocauste ou du Rwanda.
En ce qui me concerne, je ne me sens ni meilleur ni moins bien lorsque je rencontre des chauffeurs plus résistants à la fatigue, plus forts physiquement ou moins intelligents.
Bonne route et RESPIREZ,
Iboga
Imaginez quelle image nous pouvons donner de nous à des personnes qui ne sont pas de ce milieu. Trop d'entre nous sommes remplis de jugements négatifs à l'encontre de tous et de tout. Heureusement ou malheureusement, le monde extérieur est à l'image de ce que l'on entretient dans notre tête. Quand on dénigre les autres, c'est avant tout à soi-même que l'on manque de respect. Pour ma part, il y a quelques mois, les pensées négatives m'ont tellement envahi que j'ai pris un temps d'arrêt. Je me rappelle que mon instructeur me disait que lorsqu'on est seul dans notre camion, notre pire ennemi c'est notre mental qui n'arrête pas de focaliser sur le négatif.
Dans notre époque matérialiste, avoir un emploi constitue une question de survie. Et pourtant survivre ne signifie pas vivre. Ne pas exprimer ses limites, agir contre son gré, avoir mal à l'âme; c'est vivre comme un animal traqué. Dans l'évolution, l'être humain apparait avec la station debout (les singes se redressent petit à petit); c'est-à-dire lorsque la colonne vertébrale apparaît. Le regard ne porte plus à terre devant ses pas mais remonte à l'horizontale et éventuellement se lèvera pour regarder les étoiles et chercher un sens à son existence. Personne à part nous-mêmes ne nous oblige à faire un métier qui nous remplit de merde et nous détruit intérieurement.
Bien entendu que les conditions extérieures ne sont pas drôles pour les chauffeurs, mais personne n'a le pouvoir de nous obliger à faire ce métier sinon nous-mêmes. Nous manquons de maturité individuelle et collective. J'ai l'impression que l'on réagit comme des enfants devant les camions et que des brillants (?) le perçoivent parfaitement et s'en servent. Il y aura malheureusement toujours des personnes qui ne se respecteront pas et tireront les conditions de travail vers le bas en embarquant dans la loi du plus fort.
D'ailleurs, à ce propos de la loi du plus fort, c'est à dire du plus travaillant, du plus habile, du truck le plus puissant, de celui qui pisse le plus loin et j'en passe; de nouvelles études sur l'évolution tendent à montrer que la sélection naturelle (ceux avec la meilleure génétique vivent et transmettent leurs gênes) auraient été fortement teintée de coopération. En gros, les animaux les plus malades et les plus handicapés n'auraient sans doute pas effectivement survécus mais l'entraide et la solidarité auraient joué entre les biens-portants pour se protéger des prédateurs par exemple ou pour trouver de la nourriture. Les animaux qui ont ainsi rendance à se regrouper auraient alors eu plus de chances de survie. Dernière chose mais non des moindres, la plupart des penseurs estiment que la loi du plus fort ne devrait pas s'appliquer à l'être humain pour éviter des barbaries du style de l'Holocauste ou du Rwanda.
En ce qui me concerne, je ne me sens ni meilleur ni moins bien lorsque je rencontre des chauffeurs plus résistants à la fatigue, plus forts physiquement ou moins intelligents.
Bonne route et RESPIREZ,
Iboga
