Photo : Radio-Canada

Depuis la légalisation de la marijuana à usage récréatif en octobre 2018, c’est environ 30,000 colis de cannabis par semaine qui sont expédiés à domicile par Postes Canada. En effet, ils ont décroché le contrat de livraison l’été dernier devant FedEx, Purolator, Traffic Tech et Metro Logistics. Au Québec seulement, on estime que le contrat de trois ans rapportera à Postes Canada autour de 17 millions de dollars annuellement.

Les facteurs de Postes Canada avaient alors signalé leur mécontentement. Le facteur Maurice Lavoie expliquait à Radio-Canada en juillet :

« Ça peut être dangereux dans certains secteurs, je crois. Les gens qui consomment déjà du cannabis sont des clients potentiels à nous agresser aussi de temps en temps. »

Selon un facteur de Montréal, qui souhaite garder l’anonymat, l’inquiétude de ces travailleurs se confirment progressivement depuis la légalisation de la marijuana.

« Heureusement, nous ne pouvons que transporter des commandes de 30 grammes. Mais, quand nous avons plusieurs commandes à livrer, et parfois, dans un même immeuble qui se situe dans un quartier défavorisé, ce n’est qu’une question de temps avant que les gens s’en aperçoivent, et que les consommateurs qui sont déjà disposés à la violence en fasse usage pour nous voler les colis. »
« Je ne veux surtout pas dire par là que les gens de ces quartiers sont plus violents, il ne faut pas généraliser. Mais, c’est un fait que dans certains secteurs, ce soit déjà plus difficile et avec la livraison du cannabis, ça ne s’améliore pas. Ce n’est pas la vente elle-même qui m’inquiète, mais c’était une décision hâtive que de légaliser la marijuana, maintenant nous devons réagir aux conséquences, parce que le gouvernement n’a pas pris le temps de les anticiper et de bien se préparer avant. »

Pour des raisons de sécurité, les transporteurs provinciaux et inter-provinciaux de marijuana n’ont pas été dévoilé par Hexo, ni par la SQDC. C’est un choix judicieux, selon Alain Brunet, l’ancien PDG de la SAQ, pour protéger les transporteurs et les cargaisons du crime organisé. Mais, qu’en est-il de la sécurité à plus petite échelle?

« On ne peut plus vraiment revenir en arrière » ajoute le facteur. « Nous pouvons seulement espérer que la situation ne dégénère pas. Je me dis que les gens qui ont recours au cannabis légal et qui ont cessé d’encourager le marché noir sont peut-être moins portés au crime ou à la violence, je ne sais pas, j’essaie de rester positif même si ceux-ci partagent parfois le même environnement. C’est certain qu’on ne transporte pas des cargaisons complètes, mais pour certains consommateurs qui sont vulnérables face aux drogues et qui ont déjà des troubles mentaux, le jugement n’est pas toujours là… »

C’est 30% du marché noir que la SQDC souhaite ravir au moyen de ses 12 succursales et de la vente en ligne sur son site Web. Les ventes de cannabis pourraient générer des revenus fiscaux de 400 millions de dollars par année, et selon une entente de deux ans avec le gouvernement fédéral, 300 millions de dollars iraient dans le coffre des provinces, soit 75% des revenus de la taxe sur les ventes.

Si une partie des revenus étaient investis dans la santé mentale et que les mêmes efforts étaient déployés par le gouvernement pour aider les gens qui sont aux prises avec des troubles psychologiques, peut-être pourrions-nous réussir à réduire la violence, les crimes, la pauvreté, l’itinérance, la dépression, et le besoin d’un si grand nombre de jeunes à consommer, avant même l’âge légal de 18 ans. Ces jeunes qui ont encore recours à la vente illégale. Et, par le fait même, améliorer la sécurité des facteurs!

Le Québec se situe, entre autres, au 4e rang en termes de consommation d’antidépresseurs au Canada, après les provinces maritimes. L’Association des psychiatres du Québec croit que le système encourage la population à avaler des pilules plutôt qu’à les inciter à suivre de la psychothérapie, et que le système de santé est saturé.

 

Sophie Jacob, rédactrice en chef