La compétition dans le transport est féroce.

Combien d’entreprises vont jusqu’à faire du recrutement dans les rues des compétiteurs pour accrocher les chauffeurs? Combien d’employés à l’interne ou de camionneurs se font approcher par des compétiteurs qui veulent acheter l’employé ou de l’information? Saviez-vous qu’à certaine place, la charte salariale d’un compétiteur peut avoir un prix?

La méfiance engendrée par une compétition sournoise peut créer chez quelques transporteurs un climat de peur et de tension chez les employés, particulièrement à l’interne. Avoir un bon nombre de routiers pour livrer les voyages est vitale pour les compagnies, leur prospérité et leur succès!

Ce climat peut se répercuter sur les chauffeurs, de multiples façons! Il y a des entreprises prêtes à tout pour s’assurer de la loyauté des routiers. Elles investissent des milliers de dollars dans le but de développer chez les employés un sentiment fort d’appartenance.

D’autres vont tout simplement critiquer et rabaisser les autres employeurs pour convaincre les routiers de ne pas y aller. Bref, les stratégies varient et dépendent beaucoup de la culture de chaque entreprise, de sa qualité et de ses dirigeants.

Au fil des ans, j’ai remarqué que par endroit, cette influence gagne la route. Être fier de l’entreprise pour laquelle nous travaillons, porter ses couleurs, aimer son emploi et en parler est extraordinaire! Je souhaite à tous de vivre cela. Mais, quand les routiers cessent de saluer ou respecter les chauffeurs des autres entreprises en raison de leurs couleurs, quelle perte pour l’industrie.

Combien de fois ai-je envoyé la main à un chauffeur québécois dans un centre de services, et que celui-ci n’a pas daigné me répondre parce qu’il ne portait pas les mêmes couleurs? J’ai déjà roulé avec une personne qui m’a dit, en voyant un routier qui travaille pour un compétiteur en panne sur l’autoroute : « Je ne m’arrête pas pour un ‘jaune’. »

Avons-nous réellement laissé la compétitivité des entreprises diviser notre belle communauté de camionneurs? C’est une question que je me pose. Je ne dis pas que les transporteurs ont divisé les routiers, mais bien que la compétition de ceux-ci est peut-être devenue démesurée chez certains camionneurs.

Oui, il y a des types de personnes pour qui la sociabilité ne vient pas facilement. Je comprends aussi que certaines personnes ne s’arrêtent pas pour aider les autres en raison des politiques d’entreprise où elles travaillent. Et la société qui devient de plus en plus individualiste…

Mais au-delà de toutes ces raisons, ne pourrions-nous pas au moins nous envoyer la main et nous parler respectueusement? Les camionneurs ont-ils oublié qu’ils pratiquent tous le même métier, au-delà de leur camion, de leur couleur ou de la compagnie qu’ils représentent?

Il y a des milliers d’entreprises de transport offrant des milliers d’emplois semblables ou différents, répondant tous aux besoins variés des différents routiers. Pourquoi critiquer ou juger les choix des autres, qui sont complètements indépendants de qui nous sommes et de nos propres besoins? Nous lisons de tels commentaires sur les groupes de camionneurs… C’est choquant!

Pour exprimer une idée, une opinion, un point de vu, il n’est jamais nécessaire de manquer de respect. Selon moi, en faisant cela, nous nous divisons un peu plus chaque fois, nous nous fermons aux autres, nous sabotons l’image des routiers professionnels et cela se répercute directement sur la route.

Peu importe pour qui les routiers travaillent et le type de transport qu’ils pratiquent… Ils partagent la route, de lourdes responsabilités, des longues journées faces aux mêmes irritants ou à peu près. Tous les routiers contribuent à l’économie, à la livraison de biens, d’équipements et de matériaux nécessaires à la bonne santé et à la prospérité de la population. Juste là, il y a de quoi être fiers!

Les routiers partagent la même passion et ils en mangent de l’asphalte! De la terre, de la bouette, et font tous face aux intempéries de dame nature. Les chauffeurs peuvent se valoriser par les entreprises où ils travaillent et ils peuvent en être fiers. Mais, il ne faut pas oublier que le métier est lui-même déjà tellement gratifiant! Nous n’avons pas à nous diviser pour nous valoriser. Dans le transport, il y a de la place pour tout le monde et chacun peut être fier de sa contribution…

Je souhaite tout simplement que les camionneurs se retrouvent et puissent mettre ce sentiment de compétitivité de côté pour retrouver le civisme et la solidarité qui les unissaient jadis. Je tire mon chapeau à tous ceux qui continuent d’y croire!

Soyez fiers de votre métier, et soyez fiers de faire partie de cette belle communauté, qui ne peut exister que par votre belle et grande participation.

La solidarité, le civisme et l’unité commencent en soi, par soi, indépendamment des employeurs, des compétiteurs et de la mauvaise foi de quelques chauffeurs. Restons respectueux et unis. À tous, mes salutations!

Et vous, saluez-vous vos confrères et consœurs?
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Éditorial de Ann Sophie Jacob, rédactrice en chef

Ann Sophie Jacob a fait son entrée dans le monde du transport routier en 2007. Elle a parcouru en camion le Canada et les États-Unis, et a su transmettre sa passion du camionnage par le biais de sa plume. Routière et auteure, elle a touché aux réseaux sociaux et au recrutement pour finalement s’établir en tant que rédactrice en chef pour Truck Stop Québec. C’est la combinaison de son expérience, de son amour d’apprendre et du partage qui l’inspire dans l’écriture de ses articles, entrevues et éditoriaux pour les gens du camionnage.