Portez votre ceinture
Publié : mer. 26 mai 2010 11:59
C'est pas la première fois que j'arrivais sur les lieux d'un accident, mais disons que celui va me marquer. Peut-être que certains d'entre vous ont circulé sur la 80/294 dans la région de Chicago il y a deux semaines. Si oui, vous avez peut-être vu l'accident de la voiture qui a «flipper» sur le côté sans aucune raison juste avant la séparation et le péage de la 80. Vous avez probablement remarquer que mon truck était stationner sur le côté, un camion de Transwest.
D'abord, il est important de mentionner que j'ai nullement été impliqué dans l'accident, ni aucun autre camion ou même véhicule. Nous ignorions tous pourquoi le véhicule à basculer sur le côté. Tout ce que nous savons maintenant, c'est qu'une personne à survécu et l'autre est morte dans mes bras.
Je circulais «pépère» en surveillant la circulation autour de moi, même si nous n'étions pas à l'heure de pointe, la région de Chicago demeure la même: automobiliste impatient, circulation lourde, coupage, non respect de la signalisation, etc. Soudainement j'aperçois que ça freine en avant alors que la circulation se déplaçait plutôt normalement. Rapidement j'aperçois qu'une automobile est sur le côté et des débris l'entour. Par réflexe, je regardes mes mirroirs pour changer de voie et contourner l'accident en pensant que les secours étaient déjà sur place. C'est au même moment que je me rends compte qu'il n'y aucun véhicule de police, ni aucun autre véhicule d'urgence et que des gens accourt vers le véhicule. Rapidement, je remplace mon clignotant pour aller vers la gauche pour mes «4 way»: je dois m'arrêter et porter secours rapidement, cartes de secouriste oblige.
Je tire mes freins de stationnement, détache ma ceinture en analysant rapidement la scène devant moi, ouvre le rideau, l'armoire, tire le tirroir, enlève le tirroir de son petit meuble de plastique et en partant avec mon «stock» de secouriste je réveil mon coéquipier en lui lançant mon téléphone «Appel le 911, accident avec blessé 1 mile avant la séparation de la 80 et la 294» et je me précipite hors de mon camion.
En courant les quelques mètres me séparant du véhicule, tenant contre mon corps ma trousse improvisé «maison» et en tentant d'enfiler mon dossard «orange-fluo», je ressens cette montée d'adrénaline qui m'habite chaque fois qu'un évènement du genre se produit. Je ne sais jamais à quoi m'attendre.
Finalement rendu au véhicule, je vois les gens qui tente de sortir la victime du véhicule. Ceci dit, petite note. Il ne faut JAMAIS déplacer une victime lors d'un accident, encore moins de l'extraire d'un véhicule SAUF si sa vie est en danger immédiat. Par exemple, le véhicule prends feu ou risque de s'enflammer avant l'arrivée des secours.
Ainsi donc, les gens finissent par extirper la personne de l'automobile. Je l'examine rapidement, et voyant qu'elle n'a que quelques égratinures et, vous comprendrez surment, un violent choc nerveux. Rapidement je la fait écarté du véhicule pour la faire asseoir afin qu'elle «reprenne» son souffle et que je puisse l'examiner plus attentivement question de m'assurer qu'elle n'a rien de grave. C'est alors que je constate que non seulement elle continue de fixer le véhicule, mais que les gens continue de s'affairer autour pour, me semble-t'il, sortir une autre personne. C'est alors que je décide de m'approcher pour constater par moi-même ce qui se passe.
Et c'était ce que je craignais, une deuxième victime et celle-ci, beaucoup plus «amochée». Comme je les vois tenter de vouloir la bouger pour l'extirper je leur lance un «STOP» et rapidement certains se retourne pour me dévisager pour me dire «What the hell are you going on? We have to save that person!» («Qu'est-ce que tu veux? Ont doit sauver cette personne!»)
C'est alors que je leur explique rapidement que si ils veulent sauver cette personne ils doivent surtout ne rien tenter. À nouveau, des regards foudroyants et interrogateurs se dirigent vers moi. «Someone of you know what to do? Someone of you is a paramedic or a doctor or a nurse or have any course for this kind of situation? No? Let's me do my job» que je leur lance avec mon fort accent québécois entrain de pogner les nerfs («Est-ce que quelqu'un d'entre vous sais quoi faire? Quelqu'un est ambulancier/paramédic, docteur, infirmier/infirmière ou à des notions pour savoir quoi faire dans ce genre de situation? Non? Laissez moi faire mon travail»).
La raison est simple, dans ce genre de situation extirper une victime d'un véhicule ou seulement la bouger sans d'abord avoir immobilisé son corps (cou, tête, colonne vertébrale) pourrait aggraver son état. Par exemple, des dommages à la colonne vertébrale qui pourrait causer une paralysie partielle ou totale. Si vous désirez être poursuivi, c'est la meilleure méthode à faire.
Je fini donc par obtenir un peu d'espace pour regarder la situation et évaluer l'état de la victime. C'est alors que je constate l'horreur: hémorragie abondante, possibles fractures multiples, probablement le bassin renfoncé suite à l'impact sur la colonne de direction (steering..) mais surtout, la visibilité de certains organes (le foie pour ceux que ça intéresse) et une perforation du poumon droit par un objet dont j'ignore la provenance. Rapidement, je dois combattre un «haut le coeur» qui monte en moins: la vue est vraiment horrifique. Une fois surmonté, je me mets au travail et tente de faire mon mieux en attendant l'arrivée des secours. J'ouvre ma trousse, sort des pansements (non non, pas les petits plaster band aid qu'ont a la maison, les gros «gaz») pour tenter de stopper l'hémorragie. Mais je n'ai qu'une petite trousse de premiers soins, c'est nettement insuffisant. C'est alors que j'entends une voix derrière moi «Are you ok?» me lance l'officier de police qui vient d'arriver. «No, I need more stuff to stop the blood» (Non, j'ai besoin plus de stock pour stopper le sang). À vrai dire je cherchais «hémorragie» en anglais mais j'en avais aucune idée. Heureusement, le policier a compris et est aller chercher son matériel de secours dans sa voiture.
Enfin j'avais une vrai trousse beaucoup plus complète mais je commençais sérieusement à avoir hâte que les vrai secours arrivent; je n'ai qu'une petite formation de premier répondant, c'est assez complet mais il demeure néanmoins que je ne suis pas habitué de faire face à ce genre de situation.
J'ai beaucoup de misère à stopper l'hémorragie beaucoup trop abondante et je sais que je ne réussirai probablement pas à sauver la vie de cette personne mais je ne peux me permettre d'abandonner. C'est alors que l'homme me regarde et me dit: «I will die, right?» à bout de souffle. «No» lui répondis-je rapidement. C'est alors qu'il commence a prier. «Please God forgive me, protect my son and my daughter...» (SVP Dieu pardonne moi, protège mon fils et ma fille...)
Quelques secondes plus tard, après avoir terminé sa prière, il tira son dernier souffle. Au moment même, les ambulanciers et les pompiers arrivèrent sur place et pendant qu'ils descendaient de leurs véhicules je commença le massage cardiaque. Ils prirent la relève une fois que les premiers pompiers m'eurent rejoint.
Je me retira, retenant mes larmes, le t-shirt plein de sang, l'air abattu ayant l'impression d'avoir été impuissant et n'ayant pas accompli «ma tâche», je ramassa ma petite boite de premiers soins et m'éloigna du véhicule en m'essuyant les larmes qui commencèrent à monter.
Il ne portait pas sa ceinture de sécurité. Les secours n'ont mis que 6 minutes à arriver ce qui est très rapide. Si il avait porter sa ceinture, probablement qu'il serait encore en vie aujourd'hui.
Plus jamais je ne verrai une pancarte «Seat belt save live, Buckle up today» de la même façon
D'abord, il est important de mentionner que j'ai nullement été impliqué dans l'accident, ni aucun autre camion ou même véhicule. Nous ignorions tous pourquoi le véhicule à basculer sur le côté. Tout ce que nous savons maintenant, c'est qu'une personne à survécu et l'autre est morte dans mes bras.
Je circulais «pépère» en surveillant la circulation autour de moi, même si nous n'étions pas à l'heure de pointe, la région de Chicago demeure la même: automobiliste impatient, circulation lourde, coupage, non respect de la signalisation, etc. Soudainement j'aperçois que ça freine en avant alors que la circulation se déplaçait plutôt normalement. Rapidement j'aperçois qu'une automobile est sur le côté et des débris l'entour. Par réflexe, je regardes mes mirroirs pour changer de voie et contourner l'accident en pensant que les secours étaient déjà sur place. C'est au même moment que je me rends compte qu'il n'y aucun véhicule de police, ni aucun autre véhicule d'urgence et que des gens accourt vers le véhicule. Rapidement, je remplace mon clignotant pour aller vers la gauche pour mes «4 way»: je dois m'arrêter et porter secours rapidement, cartes de secouriste oblige.
Je tire mes freins de stationnement, détache ma ceinture en analysant rapidement la scène devant moi, ouvre le rideau, l'armoire, tire le tirroir, enlève le tirroir de son petit meuble de plastique et en partant avec mon «stock» de secouriste je réveil mon coéquipier en lui lançant mon téléphone «Appel le 911, accident avec blessé 1 mile avant la séparation de la 80 et la 294» et je me précipite hors de mon camion.
En courant les quelques mètres me séparant du véhicule, tenant contre mon corps ma trousse improvisé «maison» et en tentant d'enfiler mon dossard «orange-fluo», je ressens cette montée d'adrénaline qui m'habite chaque fois qu'un évènement du genre se produit. Je ne sais jamais à quoi m'attendre.
Finalement rendu au véhicule, je vois les gens qui tente de sortir la victime du véhicule. Ceci dit, petite note. Il ne faut JAMAIS déplacer une victime lors d'un accident, encore moins de l'extraire d'un véhicule SAUF si sa vie est en danger immédiat. Par exemple, le véhicule prends feu ou risque de s'enflammer avant l'arrivée des secours.
Ainsi donc, les gens finissent par extirper la personne de l'automobile. Je l'examine rapidement, et voyant qu'elle n'a que quelques égratinures et, vous comprendrez surment, un violent choc nerveux. Rapidement je la fait écarté du véhicule pour la faire asseoir afin qu'elle «reprenne» son souffle et que je puisse l'examiner plus attentivement question de m'assurer qu'elle n'a rien de grave. C'est alors que je constate que non seulement elle continue de fixer le véhicule, mais que les gens continue de s'affairer autour pour, me semble-t'il, sortir une autre personne. C'est alors que je décide de m'approcher pour constater par moi-même ce qui se passe.
Et c'était ce que je craignais, une deuxième victime et celle-ci, beaucoup plus «amochée». Comme je les vois tenter de vouloir la bouger pour l'extirper je leur lance un «STOP» et rapidement certains se retourne pour me dévisager pour me dire «What the hell are you going on? We have to save that person!» («Qu'est-ce que tu veux? Ont doit sauver cette personne!»)
C'est alors que je leur explique rapidement que si ils veulent sauver cette personne ils doivent surtout ne rien tenter. À nouveau, des regards foudroyants et interrogateurs se dirigent vers moi. «Someone of you know what to do? Someone of you is a paramedic or a doctor or a nurse or have any course for this kind of situation? No? Let's me do my job» que je leur lance avec mon fort accent québécois entrain de pogner les nerfs («Est-ce que quelqu'un d'entre vous sais quoi faire? Quelqu'un est ambulancier/paramédic, docteur, infirmier/infirmière ou à des notions pour savoir quoi faire dans ce genre de situation? Non? Laissez moi faire mon travail»).
La raison est simple, dans ce genre de situation extirper une victime d'un véhicule ou seulement la bouger sans d'abord avoir immobilisé son corps (cou, tête, colonne vertébrale) pourrait aggraver son état. Par exemple, des dommages à la colonne vertébrale qui pourrait causer une paralysie partielle ou totale. Si vous désirez être poursuivi, c'est la meilleure méthode à faire.
Je fini donc par obtenir un peu d'espace pour regarder la situation et évaluer l'état de la victime. C'est alors que je constate l'horreur: hémorragie abondante, possibles fractures multiples, probablement le bassin renfoncé suite à l'impact sur la colonne de direction (steering..) mais surtout, la visibilité de certains organes (le foie pour ceux que ça intéresse) et une perforation du poumon droit par un objet dont j'ignore la provenance. Rapidement, je dois combattre un «haut le coeur» qui monte en moins: la vue est vraiment horrifique. Une fois surmonté, je me mets au travail et tente de faire mon mieux en attendant l'arrivée des secours. J'ouvre ma trousse, sort des pansements (non non, pas les petits plaster band aid qu'ont a la maison, les gros «gaz») pour tenter de stopper l'hémorragie. Mais je n'ai qu'une petite trousse de premiers soins, c'est nettement insuffisant. C'est alors que j'entends une voix derrière moi «Are you ok?» me lance l'officier de police qui vient d'arriver. «No, I need more stuff to stop the blood» (Non, j'ai besoin plus de stock pour stopper le sang). À vrai dire je cherchais «hémorragie» en anglais mais j'en avais aucune idée. Heureusement, le policier a compris et est aller chercher son matériel de secours dans sa voiture.
Enfin j'avais une vrai trousse beaucoup plus complète mais je commençais sérieusement à avoir hâte que les vrai secours arrivent; je n'ai qu'une petite formation de premier répondant, c'est assez complet mais il demeure néanmoins que je ne suis pas habitué de faire face à ce genre de situation.
J'ai beaucoup de misère à stopper l'hémorragie beaucoup trop abondante et je sais que je ne réussirai probablement pas à sauver la vie de cette personne mais je ne peux me permettre d'abandonner. C'est alors que l'homme me regarde et me dit: «I will die, right?» à bout de souffle. «No» lui répondis-je rapidement. C'est alors qu'il commence a prier. «Please God forgive me, protect my son and my daughter...» (SVP Dieu pardonne moi, protège mon fils et ma fille...)
Quelques secondes plus tard, après avoir terminé sa prière, il tira son dernier souffle. Au moment même, les ambulanciers et les pompiers arrivèrent sur place et pendant qu'ils descendaient de leurs véhicules je commença le massage cardiaque. Ils prirent la relève une fois que les premiers pompiers m'eurent rejoint.
Je me retira, retenant mes larmes, le t-shirt plein de sang, l'air abattu ayant l'impression d'avoir été impuissant et n'ayant pas accompli «ma tâche», je ramassa ma petite boite de premiers soins et m'éloigna du véhicule en m'essuyant les larmes qui commencèrent à monter.
Il ne portait pas sa ceinture de sécurité. Les secours n'ont mis que 6 minutes à arriver ce qui est très rapide. Si il avait porter sa ceinture, probablement qu'il serait encore en vie aujourd'hui.
Plus jamais je ne verrai une pancarte «Seat belt save live, Buckle up today» de la même façon