C’est en souhaitant apporter une réflexion constructive dans l’industrie du camionnage que j’écris aujourd’hui ces lignes, faisant suite à des conversations entretenues avec des confrères et consœurs de travail en remorques plateformes.

J’ai reçu des photos de cargaisons qu’ils doivent atteler et transporter, qui m’ont semblé peu sécuritaire. J’ai communiqué avec des formateurs, enseignants et des instances pour mieux comprendre la situation et cerner les lacunes en la matière. Comme dans toutes situations impliquant les routiers, les transporteurs, les expéditeurs et la loi, ce n’est pas chose simple…

Les questions que je me pose sont les suivantes : est-ce que les lois sur l’arrimage sont suffisantes à protéger la vie des routiers et des autres usagers de la route? Et, est-ce que tous les partis concernés sont adéquatement formés et informés sur la sécurité des chargements?

« Dans les faits, si l’arrimage du chargement respecte les normes édictées, le chargement ne devrait pas se déplacer. Certains articles de la Norme no.10 établissent des minimums d’appareils d’arrimage nécessaire pour assujettir une cargaison.  Il revient à l’exploitant et au conducteur de s’assurer que ce sera suffisant en fonction de la route utilisée, de la température, la nature du chargement, etc. » explique Marie-Josée Michaud de Contrôle Routier Québec.
« À la base, le conducteur et l’exploitant ont la responsabilité de s’informer avant d’effectuer un transport car un accident, ça ne pardonne pas. Autant le conducteur que l’exploitant doivent connaître la réglementation sur l’arrimage et savoir comment l’appliquer. La loi a prévu que la majorité des infractions concernant l’arrimage était autant la responsabilité du conducteur que de l’exploitant. Par exemple, un conducteur peut avoir un constat d’infraction pour avoir utilisé une sangle comportant une coupure et l’exploitant peut avoir également un constat pour avoir laissé circuler un véhicule lourd dont les appareils d’arrimage comportaient une coupure. »

J’ai un grand respect pour le travail et l’expertise de Contrôle Routier Québec, qui a eu la gentillesse de m’éclairer. Toutefois, en regardant ces photos, je reste perplexe et inquiète pour la sécurité des routiers devant certaines cargaisons qualifiées par des enseignants de « voyages de vaisselles à haut risque », même si elles sont arrimées en respectant les règles.

Si le routier n’est pas sur place lorsque le matériel se fait charger sur la plateforme, comment peut-il être certain que tous les éléments sont bien chargés et qu’il n’y a pas d’espace indésirable entre ceux-ci, par exemple?

« Même si le voyage est conforme selon la norme 10, si je devais le transporter, je m’assurerais qu’il y ait une modification du chargement. Le dessus de la cargaison devrait être arrondi, afin que mes courroies touchent à tous les morceaux. Il faut que l’arrimage soit maximal » indique Serge Lampron, anciennement directeur de l’école de formation ENCEL. « Il faut que les routiers qui transportent des voyages comme ça soient équipés d’une cloison de protection ou d’une structure d’extrémité avant… »

Mais, ces dispositifs ne sont pas obligatoires, et si le camion ou la remorque n’est pas muni de ces dispositifs de sécurité, le routier doit simplement ajouter une courroie supplémentaire.

« Le problème, c’est qu’il y a à peine 30% des routiers qui connaissent bien les lois sur l’arrimage et ils font le boulot du mieux qu’ils le peuvent… » admet Serge Lampron. « Trop souvent, ce sont les expéditeurs qui chargent ces voyages et une fois que le camionneur a quitté la cour, l’expéditeur se dégage de toutes responsabilités. La formation en entreprise pour les expéditeurs est généralement déficiente, et le routier se fie sur ceux-ci pour le chargement. » 

Des propos qui sont soutenus par d’autres formateurs au sein de l’industrie du camionnage. Une formation obligatoire pour les expéditeurs sur le chargement sécuritaire serait de mise, selon ce groupe d’intervenants. Et de toute évidence, l’industrie aurait avantage à s’assurer que les entreprises forment adéquatement les routiers par rapport à la norme 10 et soient sensibles à la cause. Car, ce n’est pas le cas partout malheureusement.

« Il n’y a aucune réglementation spécifique à l’arrimage d’un chargement sur des remorques plateformes » ajoute Marie-Josée Michaud. « Il n’y a pas de protocole de chargement chez les expéditeurs prévu par la réglementation.  Le chargement transporté par un véhicule lourd doit simplement respecter les normes du Code de sécurité, le règlement sur les normes d’arrimage et la Norme no. 10. »

Un arrimage déficient peut mener à une perte de chargement et/ou à un accident. Il est important de respecter les normes d’arrimage avant de quitter la cour de l’expéditeur, puisque une fois celle-ci quittée, les routiers et les transporteurs deviennent responsables de la cargaison.

Même avec des photos pour se protéger, si le routier se fait prendre en infraction ou qu’il est impliqué dans un accident, il demeure responsable car il ne doit en aucun cas rouler avec un chargement qui ne respecte pas la loi, même si son employeur l’invite à le faire.

« Si un conducteur vient à la balance et que l’arrimage n’est pas conforme, le véhicule pourrait être mis hors service tant que la situation n’est pas réglée » explique Marie-Josée Michaud. « De plus, le conducteur pourrait avoir un constat d’infraction et l’exploitant également. Une perte de chargement causant des lésions ou la mort pourrait, selon les preuves récoltées, entraîner des accusations de négligence criminelle. »

Avec la noble intention d’assurer la sécurité de nos routes et des camionneurs, l’agente de Contrôle Routier Québec ajoute :

« Il est possible de faire un signalement si une personne ou une entreprise ne respecte pas la réglementation en matière de transport de personnes et de biens. Grâce à votre signalement, vous contribuez à améliorer la sécurité des usagers de la route, à assurer la protection du réseau routier et à maintenir l’équité concurrentielle entre entreprises. Le signalement peut se faire par internet  https://saaq.gouv.qc.ca/controle-routier-quebec/formulaire-de-signalement/ ou par téléphone au 1-866-471-1CRQ. »

Selon vous, est-ce que les structures d’extrémité avant ou les cloisons de protection devraient être obligatoires pour le transport en remorque plateforme? Avez-vous déjà eu à transporter une cargaison à haut risque? Écrivez-nous pour participer à la discussion à [email protected]

Pour plus d’information sur l’arrimage, vous pouvez :

Remerciements à Marie-Josée Michaud et sa solide expertise, Serge Lampron et tous les autres intervenants (routiers, enseignants, formateurs) pour leur participation et aux routiers impliqués pour leur importante contribution.

Sophie Jacob, rédactrice en chef