Dans les premières semaines de la pandémie, alors que le premier ministre du Québec François Legault saluait religieusement les travailleurs essentiels pour leur importante contribution dans ses points de presse, les camionneurs étaient enfin reconnus et soulignés pour leur travail nécessaire devant la nation.

Pourtant, dans la réalité, les routiers professionnels n’ont pas la même reconnaissance de la part des autres usagers de la route, mais surtout, des clients qu’ils desservent! Fermetures des salles d’attente, cafétérias, refus de donner accès aux toilettes, les camionneurs en ont ras le bol de devoir se soulager dans la nature ou dans des chaudières.

« Certains clients ont installé des toilettes chimiques, et en Ontario, ils en ont installé dans les centres de pesée, mais encore trop de clients refusent l’accès des toilettes aux chauffeurs… » confirme Johanne Couture.

Johanne, propriétaire-exploitante en transport par citerne de produits chimiques, compte 27 années d’expérience dans le camionnage. Elle est la seule canadienne à faire partie du conseil d’administration de One Voice For Truckers Everywhere et elle est membre du conseil d’administration de la Women’s Trucking Federation of Canada.

« Quand un chauffeur arrive et qu’il n’a pas accès à une toilette, sûrement qu’il doit le mentionner qu’il ne veut pas y retourner à son employeur. Il est coincé au quai de chargement 5 ou 6 heures et ne peut pas aller faire ses besoins. La compagnie de transport doit faire plus de pression sur ces clients, exiger plus d’humanité… »

Non seulement les toilettes chimiques ne permettent pas de se laver les mains, elles ne sont pas nettoyées régulièrement et mettent la santé des camionneurs à risque. Le lavage des mains et la désinfection des lieux publics font partie des mesures sanitaires les plus importantes pour éviter la propagation de la Covid-19. Pourquoi ne sont-elles pas mises de l’avant pour les conducteurs de camion qui utilisent les toilettes chimiques?

Faire ses besoins dans un environnement sanitaire devrait être un droit pour tout le monde dans un pays civilisé comme le Canada. Les camionneurs ne devraient pas avoir à se soulager dans les cours, les femmes changer leur tampon dans le camion. Ce sont des conditions de travail qui usent le moral des troupes, qui épuisent les ressources premières du camionnage.

Bien que les routiers soient ceux qui, jour et nuit, beau temps, mauvais temps, transportent des marchandises essentielles et permettent à l’économie de rouler, ils doivent composer avec la fermeture des salles à manger, la difficulté à trouver de la nourriture après le couvre-feu, l’incapacité d’être servi dans les services au volant…

Un secteur économique en pénurie de main d’œuvre alarmante, sans aucune ressource pour attirer les gens dans l’industrie ni garder ceux qui s’y trouvent déjà. Les routiers professionnels se font fermer la porte au nez par les gens même qu’ils desservent, une situation qui dépasse l’entendement.

Écoutez l’entrevue réalisée avec Johanne Couture sur les ondes de Truck Stop Québec ici.

Ann Sophie Jacob, rédactrice en chef