Lundi le 27 mai 2019 | Les milléniaux sont les jeunes de 18 à 36 ans qui arrivent dans une période où le transport vit une importante pénurie de main d’œuvre et cherche à se restructurer. Alors que les baby-boomers s’apprêtent massivement à prendre leur retraite, les milléniaux prennent la relève, mais ne tendent pas à intégrer l’industrie du camionnage.

De quelle manière les transporteurs peuvent-ils rendre leurs emplois attrayants chez les jeunes camionneurs? Est-ce que la technologie peut inciter les jeunes à intégrer l’industrie du transport routier, et contribuer à les retenir? Et tout d’abord, pourquoi n’avons-nous pas assez de jeunes qui s’intéressent au transport par rapport au nombre de boomers qui le quittent?

Les contraintes

« La principale problématique, c’est que tous les secteurs d’activité sont en pénurie présentement. Donc, le transport se retrouve en concurrence avec le tourisme, les nouvelles technologies, la santé… », nous explique Bernard Boulé, directeur général de Camo-Route. « De trimestre en trimestre, nous avons au-delà de 4,000 postes vacants, juste pour les conducteurs! »

L’autre contrainte est au niveau de la réglementation. Pour obtenir un permis avec une classe professionnelle telle que la classe 1, il faut 36 mois d’expérience avec la classe 5. La formation n’est donc pas accessible aux jeunes de 17-18 ans. Mais, avec le programme enrichi PEACVL, les jeunes ont l’opportunité de suivre leur formation même s’ils n’ont pas les 36 mois requis. Un programme qui pourrait prendre fin en 2020.

« Nous travaillons avec la SAAQ pour assurer une pérennisation de ce programme », ajoute M. Boulé. « De notre perspective, c’est une expérience très positive. En deux ans, c’est au-delà de 250 jeunes qui ont participé au programme auprès de 150 entreprises. Il y a une démonstration concrète qu’il est possible d’intégrer les jeunes de 18-19 ans comme conducteur autonome sur le réseau routier, en toute sécurité. »

Les besoins d’aujourd’hui

Les trois caractéristiques les plus importantes lorsque les milléniaux choisissent un emploi sont les suivantes, selon le Millennial Survey de Deloitte : la conciliation travail/famille, l’opportunité de grandir dans l’entreprise et la flexibilité des horaires. C’est pourquoi les transporteurs ont intérêt à offrir des horaires flexibles qui permettent aux routiers de conjuguer la vie professionnelle et familiale.

« Dans notre temps, c’était la fin du temps des pourvoyeurs. Nous passions plus de temps sur la route qu’à la maison », admet Charles Englehart, enseignant au Centre de formation en transport de Charlesbourg.
« Combien de fêtes des pères avons-nous passé sur la route? De temps des fêtes loin de la famille? Nous sommes plusieurs à ne pas avoir vu nos enfants grandir. Je tire mon chapeau aux milléniaux d’être capable de se tenir debout aujourd’hui et de dire non, ma famille passe en premier. Est-ce si mauvais que cela? C’est un débat d’opinion, mais je crois qu’il était temps que le transport s’adapte. »
« Les milléniaux veulent vivre des expériences. Ils n’ont pas une vie au travail et une vie à la maison. Ils ont juste une vie. C’est ce qui teinte leurs relations », explique Nathalie Tremblay, CRHA et consultante en développement organisationnel chez NT Services Conseils.

La communication moderne

Les milléniaux font partie de la génération du « trophée de participation ». Ils ont besoin de communiquer et d’être valorisés! En effet, ils prônent la communication, la transparence et l’équité. Et, ils veulent un patron qui les inspirera à se dépasser.

« C’est important pour les milléniaux de sentir qu’ils sont engagés et valorisés dans leur milieu de travail. Toute leur vie, ils recevaient une médaille même quand ils perdaient au soccer! Dans le camionnage, c’est plus difficile parce qu’ils sont partis, ils sont seuls et reçoivent très peu de feedback de leur boss. Dans le transport, la communication n’est pas évidente… » nous partage Jean-Sébastien Bouchard, vice-président des ventes pour ISAAC Instruments.
« Souvent, la communication se fait par téléphone. Je ne sais pas si vous avez déjà essayé d’appeler un millénial par téléphone? On laisse un message vocal et il ne l’aura jamais, ou sa boite vocale est pleine. Mais, on l’identifie sur Facebook et il va répondre instantanément! On doit communiquer avec eux différemment, et identifier de quelle façon on peut utiliser la technologie pour réussir à les rejoindre et leur donner du feedback. Ce sont des choses qu’on regarde chez ISAAC. »

L’importance de la technologie

Selon ISAAC Instruments, plus d’un millénial sur deux tend à choisir un emploi ou une compagnie pour la technologie dont il dispose.

« C’est une génération qui, dès un très jeune âge à l’école, apprenait déjà à travailler avec une tablette. Donc quand les milléniaux arrivent dans un camion, ils s’attendent à voir une tablette, et une tablette qui est efficace. Si on les attend avec une pile de papiers, on risque de les perdre un petit peu! » s’exclame M. Bouchard.

Et, avec raison! Les milléniaux sont nés à l’ère de la technologie et des réseaux sociaux. Ils n’attendent pas pour obtenir de l’information, ils vivent dans un monde instantané. Si les outils de travail de l’entreprise sont archaïques et que les jeunes routiers doivent écrire plusieurs fois le même numéro de voyage dans une même opération, leur intérêt s’efface. En ce sens, ISAAC se donne pour mission de faire vivre une expérience positive aux routiers par le biais de la télématique, qui peut devenir un outil de rétention chez les milléniaux.

« Aujourd’hui, la technologie aide les transporteurs à documenter beaucoup plus d’informations que demandées par les expéditeurs. Par exemple, l’heure d’arrivée et de départ du routier chez le client, pour calculer le temps de détention. Mais, dans plusieurs entreprises, on fait du papier et de l’électronique. Et, l’électronique n’a pas été bien adapté pour demander au routier ses heures d’arrivée ou de départ. Les entreprises se retrouvent avec des macros qui demandent au chauffeur de répéter la même information, alors qu’ils ont déjà cette information dans le système de la répartition, dans le EDI… »
« Tout ça, ce sont des choses que l’on doit améliorer pour que nos gens se sentent plus efficaces. Aujourd’hui, on va sur Google, on tape trois mots et la phrase apparaît, on n’a qu’à la sélectionner en-dessous. On ne peut pas demander à un millénial son numéro de voyage à répétition! Comment on peut améliorer ça? C’est là, entre autres, que la technologie peut jouer un rôle important. »

Regard positif sur l’avenir

Est-ce que l’industrie du camionnage se donnera les moyens de s’ajuster aux nouvelles générations? Rappelons que nous dénombrions seulement 18% de milléniaux en 2006 dans le transport routier, et le pourcentage chutait à 14 en 2011, alors qu’il augmentait de plus de 5% chez les boomers.

Les transporteurs qui n’envisagent toujours pas de se mettre au goût du jour devront investir de plus en plus d’énergie à résister aux nouvelles générations, de qui ils dépendront inévitablement pour rester compétitifs et vivants sur le marché!

« Avant, il y avait un mur entre ce que l’on enseignait et ce que les routiers rencontraient en industrie », explique M. Englehart. « Aujourd’hui, on voit de moins en moins le mur parce que les compagnies se sont adaptées à la réalité des nouvelles générations. »
« On enseigne aux jeunes selon les règles de l’art, on leur donne les outils pour qu’ils puissent performer, et les compagnies qui se sont adaptées à eux vont garder ces gens plus longtemps dans le métier. Dans le temps, le pourcentage des gens qui restaient dans le transport était faible, et aujourd’hui, il est plus élevé. Le transport a changé et il continue de changer. »
« Les milléniaux valorisent l’autonomie, la responsabilité, toutes les valeurs sociales en lien avec la sécurité routière, l’acceptabilité sociale des véhicules lourds, la lutte au gaz à effet de serre, l’environnement… » conclue M. Boulé. « Nous avons une industrie innovante à ce niveau-là, il faut le faire connaître davantage! »
« Notre industrie n’est pas en décrépitude, au contraire, il y a beaucoup de recherches, de développements et de technologies. C’est un message fort à envoyer aux milléniaux. Faire carrière dans le transport, c’est choisir un secteur en pleine évolution dans lequel vous allez jouer un rôle très important. »
Sophie Jacob, rédactrice en chef

Sources : Ranstad, Le Droit, Deloitte, Statistiques Canada, Jean-Sébastien Bouchard d’ISAAC Instruments, Charles Englehart du CFTC, Bernard Boulé de Camo-Route.

Podcast du spécial “Les milléniaux dans le transport”