Depuis trois ans, le gouvernement fédéral des États-Unis essaie de trouver un plan pour dépister l’usage de la drogue chez les camionneurs au travail. Les experts estiment qu’il faudra encore trois ans pour mettre en place des directives efficaces.

Le plan du gouvernement américain permettrait de tester les follicules pileux. L’industrie du camionnage est impatiente d’obtenir un test plus poussé, craignant que, à mesure que de plus en plus d’États légalisent la consommation de marijuana, le besoin de repérer les consommateurs sur la route et dans le camionnage augmente.

Le ministère des Transports américain oblige actuellement tous les conducteurs qui travaillent aux États-Unis, à se soumettre à des tests de dépistage de drogue basés sur l’urine, préalable à l’emploi et aléatoirement, tout au long de leur carrière.

Certaines grandes entreprises de camionnage qualifient les tests d’urine du DOT d’inefficaces et ont choisi de tester les employés en examinant des échantillons de cheveux. Les employés qui échouent à un test capillaire peuvent se voir refuser un emploi, mais faute de directives fédérales, ils ne peuvent pas être signalés au DOT pour le moment.

Bien que la loi américaine oblige chaque entreprise de camionnage à administrer les tests d’urine, environ 5% d’entre elles utiliseraient en plus le test capillaire.

Au début du mois de juin, la Trucking Alliance a soumis un sondage aux comités du transport du Congrès. L’enquête, qui visait à mesurer l’efficacité de diverses méthodes de test de dépistage de drogue, a demandé à plusieurs grandes entreprises de camionnage effectuant des tests de pré-emploi par les cheveux et l’urine de remettre des milliers de résultats de tests de dépistage de drogue à la Trucking Alliance.

L’enquête a comparé les résultats des tests d’urine et de cheveux de plus de 150,000 personnes demandant à être chauffeurs de camion. L’enquête a révélé que moins de 1% de tous les candidats avaient échoué à l’examen d’urine fédéral, alors que près de 9% de tous les candidats avaient échoué ou refusé de subir le test capillaire. Selon l’enquête, plus de 10,000 utilisateurs de drogue sont passés dans les filets du test d’urine fédéral.

Pour mieux comprendre l’efficacité des tests de dépistage de drogue, une absence de stupéfiants dans le sang indique que le chauffeur n’a pas consommé de drogue dans les 24 heures qui précèdent le test. Une absence de stupéfiants dans l’urine démontre que le conducteur n’a pas consommé de cocaïne, amphétamines ou opiacés dans les 2 à 3 jours précédents, et de cannabis dans le cas des consommateurs occasionnels.

L’analyse capillaire, de son côté, peut constituer un véritable calendrier de la consommation d’alcool ou de stupéfiants du conducteur, en incorporant les substances présentes dans le sang et la sueur. Les cheveux poussent d’un centimètre par mois et l’analyse du cheveu près de la racine témoigne la plus récente exposition à la drogue, alors que la pointe du cheveu indique la consommation la plus ancienne.

« Il s’agit de la seule méthode dont on dispose qui fournit l’historique de consommation de drogues pendant une période allant jusqu’à 90 jours », explique Dynacare sur son site Web. « Comparativement à l’analyse urinaire, le dépistage capillaire fournit presque le double du nombre de résultats positifs en raison de sa période de détection prolongée. »

Si les cheveux sont décolorés ou qu’ils ont subis des traitements capillaires, d’autres poils peuvent être prélevés. Dans les cheveux, les substances mères sont présentes, donc il est possible de faire la différence entre deux substances qui auraient les mêmes métabolites.

De l’autre côté, le dépistage capillaire représente un défi puisqu’il est possible que les traces d’une substance illégale soient plus facilement identifiables chez un individu aux cheveux plus foncés. Une action en justice dans le Massachusetts allègue que la politique en matière de dépistage par follicules pileux est raciste et discriminatoire. La cour n’a toujours pas rendu sa décision.

Certains membres du Congrès craignent qu’avec la légalisation de la marijuana à des fins récréatives dans un plus grand nombre d’États, les chauffeurs de camion qui vivent dans ces États ou traversent ces États pourraient devenir plus susceptibles d’échouer à une analyse capillaire.

De nombreux États n’ont pas encore mis en place de lois établissant le niveau légal de THC pour les conducteurs.

L’Allemagne et l’Italie utilisent depuis plusieurs années l’analyse des cheveux pour distinguer les consommateurs de drogue et les personnes sevrées.

Sources : Rick Childress de McClatchy DC, Médecins Maîtres-toile, Dynacare