La directive, émise en février à l’intention des contrôleurs routiers du MTO à Toronto et à Hamilton, puis étendue à l’échelle de la province, interdit aux agents d’arrêter ou d’effectuer des vérifications sur les opérateurs de remorqueuses « jusqu’à nouvel ordre » – en raison de « l’instabilité et de la violence » dans l’industrie du remorquage.

Depuis plusieurs années, les factions rivales de l’industrie du remorquage de la grande région de Toronto mènent une bataille sanglante pour le contrôle de la région et son commerce lucratif d’accidents, de réparations et de réclamations d’assurance frauduleux, allant jusqu’à des meurtres et complots.

Le mois dernier, la police régionale de York a annoncé de nombreuses arrestations dans le cadre du projet Platinum, une opération multi-agences destinée à éliminer les principaux acteurs du conflit meurtrier.

Le bureau de la ministre du Transport de l’Ontario, Caroline Mulroney, nie qu’une telle directive ait pu être donnée. Pourtant, le journal Toronto Sun a pu mettre la main sur une copie faisant mention de cette directive qui demande aux agents du MTO de ne pas contrôler les dépanneuses.

Des contrôleurs routiers de toute la province ont pris connaissance de la directive dans une lettre reçue et signée par les directeurs Chris Levin et Ian Freeman. Sous couvert de l’anonymat, ils se disent paralysés par cette politique dangereuse et incohérente élaborée par des gestionnaires de la fonction publique peu habitués aux forces de l’ordre.

« Nous avons une politique qui nous lie tellement les mains », a déclaré un agent au Toronto Sun. « Le public n’a aucune idée. »

Les seules interactions autorisées en vertu de la directive doivent être organisées à l’avance et menées en présence d’un policier.

« Les dépanneuses sont des véhicules commerciaux. C’est totalement de notre ressort, et ils disent “Mettons la tête dans le sable et espérons que la police s’en occupera”, et cela nous dispense de toute interaction potentiellement défavorable », a ajouté l’officier.

Bien que les contrôleurs de l’Ontario soient des agents de la paix assermentés, ils ne sont pas armés. Ils ne sont équipés que d’un gilet pare-balles et d’une matraque.

Les officiers disent avoir rencontré des chauffeurs de dépanneuses portant des armes visibles, ce qui dans certains cas peut être passible d’une arrestation, mais n’étaient pas autorisés à le faire.

« Si aucun policier n’est disponible pour procéder à l’arrestation, le conducteur s’en va tout simplement », a déclaré un officier.

Les contrôleurs ne peuvent pas appréhender une dépanneuse même si celle-ci présente visiblement une infraction de sécurité critique. Ils ne peuvent pas intervenir non plus lorsqu’ils aperçoivent des bouteilles d’alcool ouvertes à bord.

Cette nouvelle politique est une catastrophe qui attend de se produire, conviennent les officiers.

« La politique du ministère est de simplement suivre et informer la police provinciale de ce qui se passe», a déclaré un agent. « Pourquoi ne pas utiliser nos lumières pour les arrêter et attendre l’OPP? »

Traverser des situations dangereuses fait partie du travail, conviennent-ils.

« Nous avons juré de protéger le public, nous ne pouvons tout simplement pas dire “Eh bien, je vais juste prendre une autre gorgée de café et laisser aller” », a déclaré un officier.

Selon le Bureau d’assurance du Canada, le vol de marchandises a atteint des niveaux épidémiques au Canada, coûtant à l’économie canadienne 5 milliards de dollars par année.

« La région du Grand Toronto a le taux de vol de marchandises le plus élevé de toute l’Amérique du Nord », a déclaré un officier au Sun. « Et tout cela est perpétré par le crime organisé. »

De plus, une grande partie du commerce illicite de drogues et d’armes à feu au Canada est transporté par des véhicules commerciaux, a déclaré un agent.

On trouve couramment des camions de cinq tonnes transportant des drogues illicites comme le cannabis, escortés par des hommes armés conduisant des voitures comme Smokey and the Bandit.

L’Ontario n’arme pas ses contrôleurs routiers, une préoccupation pour ceux qui sont en première ligne.

La pandémie de coronavirus a incité la direction à mettre de côté des quotas d’inspection, de sorte que les agents disent qu’ils passent leurs journées à tourner en rond – maintenir la visibilité tout en ne faisant rien.

« Le crime organisé commence par une opportunité de gagner de l’argent et un niveau de cupidité qui mène à la criminalité et à la violence », a déclaré Mike Slack, directeur de la police de York.
« L’industrie du remorquage et son manque de réglementation ont conduit exactement à cet environnement. »

Le conflit du remorquage concerne Paramount Towing, basé à Thornhill, et son propriétaire, Alexander Vinogradsky, et les opérateurs de remorquage rivaux, qui, selon la police, sont impliqués dans des stratagèmes sophistiqués pour frauder les compagnies d’assurance à la suite de collisions à la fois authentiques et mises en scène.

Les personnes impliquées facturent frauduleusement des compagnies d’assurance pour des réparations inexistantes ou exagérément gonflées, de fausses réclamations et de locations de véhicules – le tout en millions.

Lorsque ces bénéfices n’étaient pas suffisants, ils ont organisé des collisions avec des chauffeurs qu’ils avaient recrutés pour provoquer délibérément des collisions sur les routes et dans les stationnements de la grande région de Toronto.

À mesure que les crimes se multiplient, des alliances et des rivalités se forment entre les sociétés de remorquage. Ces actions impliquent des chauffeurs qui sont innocents et en font des victimes. C’est une situation qui affecte toute l’industrie, par les augmentations fulgurantes du prix des assurances.

Source : Toronto Sun