Aux États-Unis et au Canada, le nombre de camions, d’autobus et d’équipements tout-terrain zéro émission augmentera de 78% d’une année à l’autre, selon les projections du Zero-Emission Technology Inventory (ZETI). En 2019, il y avait 95 modèles moyens et lourds en production; à la fin de 2020, il y en aura 169.

ZETI a également estimé une augmentation incrémentielle plus modeste jusqu’en 2023, prévoyant un nombre de 195 modèles moyens et lourds à zéro émission.

La nécessité de progresser vers ces objectifs a été démontrée par les plus récents événements.

« La Covid-19 a mis en évidence à quel point nos industries du commerce électronique, des expéditions et du transport ainsi que les véhicules qui les alimentent sont essentiels à notre économie mondiale, notre santé et notre vie quotidienne », a déclaré Bill Van Amburg, vice-président exécutif de CALSTART. « Maintenant que nous nous remettons de ces défis sans précédent, nous devons saisir l’opportunité immédiate de transformer les transports avec les technologies propres devenant disponibles, et soutenir fortement les sociétés innovatrices prêts à les construire, les acheter et les utiliser. »

Pendant la Covid-19, les niveaux de GES ont chuté. Des populations partout sur la planète ont été confinées, entraînant une réduction des voyages et des activités commerciales. Par conséquent, il y a eu une baisse marquée de la congestion des transports, donc une baisse drastique des émissions de GES. Le retour inévitable à une activité commerciale régulière pourrait s’avérer un moment clé pour les flottes.

Lorsque les mesures de confinement ont débuté en Amérique du Nord, Geotab a constaté une réduction des émissions allant jusqu’à 40% de la normale dans certaines villes, dont New York qui a enregistré la plus forte réduction.

L’air s’est assaini, mais selon Tom Green de la Fondation David Suzuki, il ne faut pas s’y habituer.

« Cette malheureuse urgence de santé publique a un effet sur les émissions de dioxyde de carbone parce que nous volons moins, conduisons moins, les usines et les magasins sont fermés. Après la crise, il est possible que les émissions rebondissent comme nous l’avons vu après la crise économique mondiale de 2008 – puis, les émissions ont chuté brièvement, mais il n’y a eu aucun effet sur les projections climatiques à long terme. »

Avant la pandémie, nous produisions de plus en plus de CO2 et d’autres gaz à effet de serre, dont le méthane et le protoxyde d’azote, chaque année.

« J’ai vu des projections selon lesquelles d’ici la fin de l’année, selon la durée des événements, la réponse à la pandémie pourrait nous faire baisser de 6 ou 7% », a expliqué M. Green. « Cela nous laisserait toujours avec des émissions plus élevées que n’importe quelle année avant 2010. »

« Je pense que la Covid-19 a montré l’incroyable volonté parmi les gens de prendre des mesures individuelles pour le bien commun quand il y a un accord commun sur ce que doit être cette action » croit Catherine Abreu, directrice exécutive de Climate Action Network Canada.

« Vous m’auriez demandé il y a un mois ou deux si je pensais que le Québec pourrait atteindre ses cibles de 2020 de réduction de gaz à effet de serre, et j’aurais dit jamais, c’est impossible. Et maintenant, je pense qu’en fait, c’est possible. On visait pour 2020 de réduire de 20 % nos émissions sous le niveau de 1990 », remarque pour sa part Pierre-Olivier Pineau, professeur et titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal.

« Donc, on pourrait avoir une longue période au moins de ralenti, et ça, d’un point de vue des GES, c’est très bon », dit-il.

Toutefois, la chute du prix de l’essence pourrait, au contraire, ne pas favoriser l’ajout de véhicules électriques sur les routes si celle-ci persiste à long terme. Pour sauver les industries pétrolières, les gouvernements pourraient investir massivement dans ces énergies qui sont moins propres, mais qui soutiennent une partie importante de notre structure économique.

Pour obtenir une réelle réduction des GES, la baisse des émissions doit s’accompagner de changements sociaux et être privilégiée par les grandes sociétés qui jouent des rôles importants dans la production de ces gaz.

Les années à venir nous indiqueront si la pandémie de Covid-19 aura eu une influence supplémentaire sur l’industrie du camionnage afin d’accélérer une transition vers l’électrification des transports et favoriser des opérations plus vertes.